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| Dictature financière et réponses citoyennes |
| de Dominique TADDEI économiste, altermondialiste | Rien n’est manifestement plus faux que de prétendre distinguer, pour les rapprocher ou pour les distinguer, le crack boursier rampant de l’été 2011 de la double déflagration créée par l’effondrement des subprimes (été 2007) et la faillite de Lehman Brother (automne 2008). Il ne s’agit évidemment que de deux étapes d’une même crise globale, multidimensionnelle, non pas conjoncturelle, mais manifestement systémique. Entre les deux, on a assisté, à une vitesse exceptionnellement rapide, à l’échec du keynésianisme primaire, qui nous promettait un « green new deal », en se contentant de déplacer l’endettement, du secteur privé vers le secteur public, agrémenté de quelques investissements écologiques. Pire, ce déplacement du fardeau de la dette a permis la contre offensive du capitalisme financier contre les dépenses publiques et sociales, à partir de la supposée crise grecque, du printemps 2 010. La bêtise de cette contre-offensive apparaît maintenant, puisque le crack en cours repose principalement, sur la défiance à l’égard des banques, qui ont prêté aux Etats, lesquels s’étaient préalablement endettés pour leur venir en aide !!! D’où un processus de démoralisation générale, en fait de désocialisation, qui se développe très rapidement : non seulement, comme en 2007-2008 les banques ne se sont plus confiance les unes, les autres (comme on les comprend !), mais pire, les citoyens, déjà très sceptiques, finissent de perdre confiance dans les élites politiques et il est difficile de leur donner tort…
Fondamentalement, la nouvelle aggravation de la situation économique et sociale dans les pays développés, durant l’été 2011, marque l’entrée dans un second stade de la crise mondiale, qui avait éclaté 4 ans plus tôt. Ce nouveau stade est notamment caractérisé par les attaques spéculatives contre les dettes souveraines, particulièrement dans les pays d‘Europe du sud, et la mise en évidence d’une véritable dictature de la finance internationale qui règne désormais sur un nombre croissant de pays, dont la France.
Dans une première partie, nous proposons une analyse de cette situation nouvelle ; dans une seconde, nous esquissons une stratégie citoyenne alternative pour y faire face.
Première partie : le deuxième stade de la crise :
Pour bien comprendre ces nouveaux développements, il nous faut d’abord revenir sur la nature profonde de cette crise, déclenchée durant l’été 2007, et admettre l’imprédictibilité de son évolution ; ensuite, il nous faudra revenir sur la façon dont celle-ci a évoluer durant les 4 dernières années : banques et Etats n’ont cessé de se repasser la « patate chaude de la dette », avant de déboucher sur la mise en place d’une dictature financière, qui tend à imposer son règlement de la crise aux peuples, quitte à remplacer les gouvernants en place par des hommes de la finance internationale ou à leur imposer sa loi.
La nature de la crise contemporaine
Tout le monde admet aujourd’hui que nous sommes en crise. Encore faut-il s’entendre sur les mots. Il existe, depuis le XIXème siècle dans la littérature, notamment de référence marxiste deux sens du mot « crise » : l’une invoque la phase de paroxysme, de retournement à la baisse d’une évolution cyclique qui heurte violemment les vies et les consciences du plus grand nombre, mais elle débouche le plus souvent sur un quasi-retour à la situation antérieure, sans remettre en cause le système de régulation antérieure : ainsi, dans le domaine médical, en est-il le plus souvent, d’une crise de foie ou d’une crise d’asthme ; et, en économie, il en va de même des crises conjoncturelles, qui se reproduisent en moyenne tous les 5 à 10 ans, suivant le plus souvent le rythme très instable d’accumulation du capital. L’autre type de crise est tout à fait différent : il renvoie à la mutation du système de régulation jusque là dominant à travers un processus long, difficile à cerner, souvent cahotique et dont l’issue irréversible est l’émergence d’un nouveau système, meilleur ou pire que le précédent, en tous les cas qualitativement différent de celui qui prédominait jusqu’alors : autrement dit, une de ces bifurcations où l’histoire choisit sa direction…
Le fait que « la crise de 1929 » ait justifié son nom des deux points de vue à la fois n’a fait qu’aggraver la confusion sémantique de deux usages aussi contradictoires du même mot. Or, avec d’autres modalités bien sûr, aucune crise systémique ne peut ressembler complètement à une autre, puisqu’il s’agit à chaque fois de l’épuisement d’un système différent, il en est de même de la crise contemporaine : certes, elle comporte ses phases d’aggravation conjoncturelle marquée, d’abord avec la récession 2008-2009, la plus grave depuis 80 ans ; ensuite, avec la nouvelle récession, reconnue depuis cette semaine seulement par l’OCDE pour cet hiver 2011-2012, et qui sera, comme toujours, plus profonde et plus longue que ce qu’on nous en dit pour l’instant. Mais bien, plus grave, ces fluctuations de l’activité s’inscrivent dans une période longue de dépression, dont on n’est pas sorti depuis déjà 4 ans, et qui fait maintenant déjà parler de « décennie perdue », même si personne ne peut sérieusement en prévoir ni la durée, ni la gravité, ni encore moins l’issue. C’est que l’on est aujourd’hui bien obligé d’admettre, bien au-delà des seuls rangs altermondialistes, le caractère systémique de la crise contemporaine. Encore reste t’il à préciser ce qu’on entend par là et, d’abord de quel système on parle : la crise contemporaine est-elle celle du seul système économique et financier, qu’on pourrait analyser isolément des autres dimensions de la vie collective, ces dernières étant préservées ou, du moins, subordonnées, sans possibilité d’influence en retour, si bien que l’on pourrait s’en tenir à la seule analyse économique et en faire un sujet pour les seuls économistes ? Ou bien vise t’on plus globalement un système, comportant toutes les dimensions de la vie en société ?
Même si l’économisme a encore la vie dure, aussi bien chez les néo-libéraux que chez les archéo-marxistes, il existe désormais un assez large consensus pour ne pas se cantonner à l’économie et à reconnaître le caractère multi-dimensionnel de la crise contemporaine : celle-ci est, de façon de plus en plus évidente, tout à la fois économique et financière, sociale, écologique, politique et géopolitique, d’où une crise morale et des valeurs, conséquente à toutes les précédentes…. On finit ainsi par parler de crise globale ou de civilisation. Toutefois, à partir de là, les différents analystes n’accordent pas la même pondération à ces différentes dimensions, et ceci peut les conduire à des appréciations assez différentes sur les perspectives à venir et les issues possibles et souhaitables.
En effet, chacune des crises spécifiques à un sous-système particulier traduit des contradictions bien spécifiques et possède, par conséquent sa propre temporalité : il s’en suit que son degré de mûrissement, et donc d’urgence, n’est pas initialement le même, tant du moins que la crise de chaque sous-système n’entre pas trop fortement en résonance avec les autres et c’est précisément ce qui se produit depuis quelques années.
Il s’en suit que nous en sommes à une formidable bifurcation de l’histoire de l’humanité, sans doute la plus importante depuis la deuxième moitié du XVIIIème siècle. Pour simplifier une réalité d’une redoutable complexité, pleine de contradictions dans tous domaines, on reprendra les 5 dimensions principales énumérées ci-dessus, mais il va sans dire que l’on pourrait aussi bien utiliser une typologie plus restreinte ou, au contraire, plus large, ne serait ce qu’en regroupant ou en subdivisant certaines des dimensions retenues :
* La crise économique et financière est d’abord celle de l’économie d’endettement : cette dernière est née, il y a environ 30 ans, dans un contexte d’érosion du leadership américain et de chocs pétroliers. Cette économie d’endettement a été le corollaire du triomphe de ce qu’on a appelé, de façon à notre sens ambigu, le « néo-libéralisme » : on entend par là la libération sans règle des mouvements de marchandises et de capitaux, par delà les frontières nationales ou continentales (dans le cas d’unions douanières comme la Communauté européenne d’origine), entreprise dès les années 1970. L’ensemble de ce processus de dérégulation a débouché sur une forme de mondialisation bien particulière : sans règle ; autrement dit, pour les plus puissants, sans foi, ni loi. Nous sommes en présence d’une crise économique plus profonde que celle liée au seul sur-endettement : elle vise au-delà de ses aspects financiers et remet en question l’absence de contrôle des mouvements de capitaux et de marchandises. Aller encore au-delà dans la remise en question du sous système économique et financier actuel, en considérant que la rupture actuelle atteint définitivement toute forme de capitalisme, et constituant ainsi la crise finale de ce dernier, est une question qui demeure ouverte, d’autant plus qu’elle est récurrente… depuis les années 1850 (cf. la correspondance de K. Marx de cette époque) : nous avouons notre incapacité à y répondre, d’autant plus qu’au-delà des mots, aucun autre système de substitution ne bénéficie d’une très large audience…
* La crise sociale est celle de l’inégalité croissante des revenus et surtout des patrimoines. Elle se manifeste par une incontestable paupérisation relative et une précarisation du plus grand nombre. Dans les pays anciennement développés , ceci nous ramène en 30 ans, à gommer 60 ans de conquêtes sociales et à retrouver une situation objective néo-marxienne en termes d’antagonismes, si ce n’est de luttes, de classes. Sans doute, les frontières sociales ne sont plus exactement celles du XIXème ou même du XXème siècle : d’un côté, il faut distinguer de 90 à 99% des salariés, qui vivent essentiellement de la location de leurs force de travail, alors qu’1% perçoit principalement les profits de leur capital financier, intellectuel et/ou relationnel (pour reprendre la célèbre analyse de P. Bourdieu) ; de l’autre, il faut observer la part de plus en plus restreinte des profits des entreprises, surtout petites et moyennes, qui pourraient servir à financer de nouveaux investissements productifs, au bénéfice des dividendes (dont la part en France est passée de 3 à 8% de la valeur ajoutée depuis 1977) et autres profits financiers, qui fournissent la base de toutes les spéculations ;
* La crise écologique est celle engendrée par un développement insoutenable. Ceci est reconnu par la presque totalité des communautés scientifiques, même s’il existe quelques « négationnistes, qui se recrutent généralement en dehors des disciplines compétentes ? Ceci est d’ailleurs par une fraction grandissante des opinions publiques, même si chacun d’entre nous a encore du mal à en tirer toutes les conséquences dans l’ensemble de nos comportements. Cet aspect insoutenable du développement centré sur la croissance du seul PIB, c’est-à-dire des seules valeurs marchandes, s’observe dans un nombre croissant et impressionnant de domaines : pour ne citer que les plus évidents :
- le réchauffement du climat,qui atteindra au moins 2 degrés, entraînant la multiplication des catastrophes climatiques malgré tous les avertissements ; Mais avec l’échec vraisemblable de la la conférence de Durban, après celle de Copenhague, nous sommes collectivement menacés d’une augmentation de 6 degrés, au-delà desquels la situation deviendrait probablement incontrôlable ;
- l’épuisement des matières premières et l’épuisement d’autres ressources vitales, telles que l’eau ;
- la pollution grandissante ;
- la perte de la bio-diversité qui s’accélère dramatiquement ;
- et, peut être encore plus, à court terme, une chute dramatique de la reproduction de l’ensemble des espèces vivantes, y compris la notre, sur notre planète.
C’est ainsi plus de deux siècles de productivisme, qui se trouve nécessairement remis en cause, l’idéal étant évidemment que la transformation de nos modes de production, de transport, de logement et de consommation s’effectue le plus rapidement possible et par une voie négociée, plutôt que trop tardivement et de manière brutale, imposée par de futures catastrophes et les angoisses collectives qu’elles ne manqueront pas de générer ;
- la crise géopolitique est celle de la perte d’hégémonie du monde anglo-saxon. Cette hégémonie est pourtant vieille d’un quart de millénaire : en 1752, la fin de la guerre de 7 ans avait assis durablement la domination anglaise sur le monde ; puis, la transition vers la domination nord-américaine, amorcé à la fin du XIXème siècle s’est effectuée ave un minimum de turbulences durant l’entre deux guerres, du fait de la proximité culturelle entre les deux pays et leurs élites. Mais la crise de cette hégémonie, il est vrai trop souvent annoncée prématurément dans le passé, est désormais illustrée aussi bien par les terribles échecs de Bush que par la « (Jimmy)-cartérisation » de B. Obamah. Ce que ni Napoléon Bonaparte, ni Bismarck, ni Staline ou Hitler n’ont réussi, s’impose progressivement du fait du rythme du rattrapage des pays émergents, en particulier asiatiques. Les conditions objectives d’antagonismes entre impérialismes déclinants et impérialismes émergents, aiguisées par les déplacements des mouvements de capitaux, se développent à un rythme accéléré, d’une façon qui rappelle dangereusement le début du siècle précédent. Là encore, il vaudrait mieux acter rapidement de manière concertée un nouvel équilibre mondial, au sens où on parlait au XVIIIème siècle d’équilibre européen : après tout, il ne s’agit que de rendre aux grands pays asiatiques, la place qui était la leur avant l’expansion coloniale de l’Occident. Mais ce rééquilibrage diplomatique est plus urgent qu’on ne le pense bien souvent, avant que des conflits devenus incontrôlables ne l’imposent : rappelons que nous nous sommes à l’ère des armes nucléaires, chimiques et, peut être pires, bactériologiques et de leur dissémination… Et d’ici là, un engrenage apocalyptique peut survenir à n’importe quel moment, presque n’importe où :
A la fin de 2011, le péril le plus imminent semble venir du Proche Orient : la volonté réitérée des dirigeants israéliens de frappe sur l’Iran « en première intention » concerne non pas un, mais deux pays dotés d’un armement nucléaire. Il y a sans doute une part de bluff dans leurs déclarations. Mais, l’agressivité israélienne, que manifeste la poursuite des constructions illégales de colons, n’est évidemment rendue possible que par la bienveillance des USA : mais qui peut garantir aujourd’hui que ceux-ci, de moins en moins maîtres de l’équilibre mondial, sont prêts à « mourir pour Jérusalem », alors que les Iraniens bénéficieraient en cas de conflit de l’appui, non seulement de l’ensemble du monde musulman, mais aussi du soutien des dirigeants russes et chinois ? Nous ne sommes plus en 1973, date de la dernière guerre israelo-arabe et il est urgent que l’ensemble des dirigeants mondiaux sorte de leur immobilisme coupable dans cette région du monde.
- La dimension politique de la crise est celle de la démocratie de délégation, vieille aussi de plus de deux siècles et de ses formes partidaires, un peu plus récentes, dont la primaire socialiste nous a donné récemment un intéressant palliatif… Nos démocraties sont de moins en moins représentatives (il faudrait une conférence entière pour le disséquer) et nulle part réellement participatives (participer à quoi précisément ? Si ce n’est à l’ensemble des étapes, qui scandent le processus continu de décisions collectives). Dès lors, leurs formes anciennes s’usent. C’est d’autant plus paradoxal et regrettable, que les aspirations fondamentales aus libertés politiques et à la démocratie, sous sa forme pluraliste, s’universalisent progressivement, en Europe, en Amérique, en Asie, comme désormais dans le monde arabe. C’est qu’une démocratie réellement coopérative, où tous les citoyens pourraient œuvrer ensemble, avec les responsables élus au suffrage universel , à toutes les étapes des activités collectives, est encore à inventer.
Chacun de ces sous-systèmes et leur crise respective interfèrent évidemment avec celle des autres sous-systèmes. On se contentera d’en proposer les exemples les plus évidents :
- le premier se situe entre l’économique et le social : ce sont les dérégulations du « néo-libéralisme », s’appuyant sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication qui ont renforcé le pouvoir de marchandage des facteurs mobiles (capital financier, mais aussi culturel et relationnel) sur les facteurs fixes (travail moyennement ou peu qualifié et capital matériel), dans la répartition des fruits de la croissance. Le creusement des inégalités de revenus et encore plus de patrimoine en est la conséquence directe ; en retour, celles-ci bloquent la demande solvable des ménages et, au-delà, les investissements productifs qui devraient en découler. Dans ces conditions les entreprises n’ont trouvé depuis 30 ans des débouchés suffisants que par un recours de plus en plus démesuré à l’endettement, jusqu’au déclenchement de la crise actuelle.
Un deuxième exemple est l’interférence entre la libération des mouvements de capitaux et le basculement géo-politique en cours, qui nous ramène inexorablement à la montée des conflits entre les impérialismes déclinants (nord-américains et européens) et les impérialismes émergents (principalement asiatiques). Ces conflits inter-impérialistes sont inhérents aux périodes du capitalisme qui favorisent les mouvements internationaux de capitaux, comme ceux qui, il y a un siècle, précédèrent 1914. Nous venons de citer a crise actuelle entre Israël et l’Iran, mais c’est la présence eds USA et de la Russie, derrière, les deux proptagonistes apparent qui en constitue évidemment la dimension la plus dangereuse.
- L’exemple le plus actuel, sur lequel nous reviendrons plus longuement est celui qui voit la finance internationale dénaturer les démocraties d’Europe du sud, de la Grèce jusqu’à notre pays, visant à imposer ce qu’il faut bien appeler leur dictature, au sens premier du terme ;
- On pourrait encore développer un autre exemple des interférences entre les différentes dimensions de la crise globale, quand face à une crise sociale pérenne, on ne sait répondre à la désespérance sociale que par le développement de politiques intérieures autoritaires, de type néo-orwélienne ;
- ou encore quand les mouvements spéculatifs, notamment dans le domaine foncier s’accompagne du recul de l’état de droit, devant le crime organisé dans de nombreux pays, dont le nôtre ;
- ou encore dans le saccage de la planète, entraîné par les placements spéculatifs, sans foi, ni loi…
Il résulte de l’interaction dynamique entre les crises de ces différents sous-systèmes que l’évolution globale du système planétaire, sur ses différents continents, comporte de nombreuses non-linéarités. Celles-ci rendent caduques les vieilles habitudes de prévision par extrapolation, qui supposaient au moins implicitement que les principales évolutions étaient linéaires. Or, nous sommes évidemment dans un moment de l’histoire de notre planète qui relève d’une approche en termes de chaos : l’évolution n’en est pas moins déterministe, mais elle l’est aujourd’hui en des termes non prédictibles au-delà des prochains mois, et peut être même des prochaines semaines.
C’est pourquoi la compréhension de la nature profonde de la crise contemporaine que nous avons tenté d’esquisser est certes nécessaire. Mais elle est tout à fait insuffisante : il faut la compléter par une analyse de la dynamique suivant laquelle cette crise s’est développée depuis un peu plus de 4 ans.
Du déclenchement de la crise (2007) à la tentative de dictature financière (2011)
Bien entendu, une histoire précise des 4 premières années de la crise mondiale que nous venons de vivre demanderait bien plus de recul pour pouvoir être écrite de façon complètement pertinente. Mais il est toutefois indispensable d’en comprendre les ressors profonds au moins dans les domaines économiques, sociaux et politiques qui ont été les plus perturbés depuis 2007.
La « patate chaude de l’endettement » :
Le début de l’histoire n’est que trop connu : la « patate » n’est pas encore trop brûlante, et se repasse de banque en banque. Ainsi, l’insolvabilité des subprimes américains déclenche une formidable pandémie mondiale, les prêteurs initiaux ayant eu l’astuce diabolique de diluer leurs créances pourries, dans des mélanges variés d’autres créances, rendus attrayants par un taux de rendement financier plus élevé : c’est là une pratique normale de la finance (la « fameuse prime de risque »), à ceci près que les émetteurs de ces titres avaient su cacher que les risques de défaut n’avaient rien de normaux, mais qu’ils reposaient, au contraire, sur une probabilité énorme d’insolvabilité, compte tenu de la pauvreté de ceux à qui on avait promis l’impossible – la maison de leurs rêves -, alors même que leur pouvoir d’achat, stagnant et précaire, leur permettait difficilement de boucler leurs fins de mois. Tous les acheteurs des dits produits toxiques étaient-ils dupes, et donc victimes d’une formidable escroquerie ? Certains peut-être, mais sans doute pas la plupart d’entre eux : mais peu leur importait, car ils se dépêchaient de revendre ces titres « pourris », à nouveau remixés et évidemment un peu plus chers, à d’autres… Et ainsi de suite, jusqu’à ce que cette « titrisation » atteigne, à travers toute la planète, la plus grande partie des établissements financiers, qui, attirés par un profit rapide sur des produits de plus en plus complexes et incompréhensibles (de l’aveu même du sous-gouverneur de la Banque d’Angleterre, chargé de les superviser) ont accepté ces titres contaminés, comptant les revendre avec bénéfice avant que la hausse spéculative ne cesse… et ne s’inverse.
Car s’il est un adage connu de tous les banquiers, et d’ailleurs conforme au bon sens, c’est bien que « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ». Pour les actifs financiers, c’est même plus grave que cela : dès lors qu’ils cessent de monter, ils commencent immédiatement à baisser et cela d’autant plus rapidement que certains avaient acheté « à découvert » dans l’espoir d’une poursuite de la hausse. Désormais, les anticipations se retournent : c’est celui qui vendra le plus vite qui limitera ses pertes, certains aggravant la situation en se mettant à jouer à la baisse avec l’argent qu’ils n’ont pas ! Changeons de métaphore : le château de cartes s’effondre, les plus fragiles tombent en faillite, entraînant leurs créanciers et parmi eux un nombre croisant d’épargnants de tout type, gros et petits. Nous sommes au bord de la panique, un nouveau 1929 ? Heureusement non, pas encore, car au moins une leçon a été tirée de l’expérience… et des livres de cet économiste anglais Keynes, haï des banquiers libéraux, parce qu’il réclamait l’intervention de l’Etat. La réponse immédiate, la plus simple, est de repasser la « patate » désormais brûlante des dettes toxiques des banques aux Etats. Et ces derniers se dépêchent de prêter aux banquiers au bord de la faillite, afin disent-ils de sauver leurs clients ; des gouvernements de gauche ou de droite nationalisent quelques établissements au Royaume Uni, en Allemagne. Pour ceux qui hésitaient encore, la dernière bêtise de Georges Bush qui laisse tomber Lehman Brothers à l’automne 2008 sert de leçon : tout plutôt que des faillites bancaires en chaîne ! Grâce aux interventions des Etats, on a donc évité 1929, du moins jusqu’ici. Car, dans la panique, les Etats ont « oublié » de demander des contreparties à ceux qui avaient depuis une décennie au moins privatisé leurs bénéfices, mais dont on venait de nationaliser les pertes ! Tout au plus, avons-nous eu le droit à Toulon en 2008 à un discours de N. Sarkozy sur sa détermination à « moraliser le capitalisme ». Je ne vous le rappelle pas, c’est le même qu’il a prononcé le mois dernier à Cannes : simplement au lieu des 5 paradis fiscaux désignés en 2008, nous avons appris qu’il y en avait désormais 11 ! Pendant ce temps, en effet, les banquiers avaient recommencé à s’auto-attribuer des dividendes, des primes, des parachutes dorés, sans doute pour se consoler d’avoir eu très peur, il y a peu. C’est ainsi que pour éviter un plus grand désastre, tous les Etats, même les plus vertueux se sont doublement endettés : d’une part, en accordant des prêts ou des avantages fiscaux exorbitants aux financiers et plus largement aux grandes fortunes (en France, notre valeureux bouclier fiscal, finalement abandonné) ; d’autre part, par le manque de rentrée fiscale due à la plus forte récession connue depuis les années 1930.
Il en ait résulté une forte montée de l’endettement public dans tous les pays, ce qui a conduit à l’émission d’obligations d’Etat. Celles-ci, dans un premier temps (jusqu’en 2009), ont été normalement souscrites par les banques, soucieuses d’effectuer des placements jugés moins risqués que ceux des autres actifs achetés durant la période antérieure. Mais voici qu’alertés par les agences de notation auxquelles les grands Etats avaient maintenu leurs privilèges, malgré leurs errements précédents (erreurs grossières d’analyse et conflits d’intérêt), les spéculateurs se mirent à douter de la soutenabilité des dettes publiques, il est vrai en croissance rapide. Dans la plupart des régions du monde (aux USA, privés de leur triple A, et au Japon, avec plus de 200% de dette publique par rapport au PIB), cela est pourtant resté jusqu’ici sans conséquence. La Banque centrale prête à l’Etat, comme à tous les autres agents, au taux courant, lequel est nul ou peu s’en faut, ce qui rend soutenable la charge globale de la dette.
Mais il en va tout autrement dans la zone euro, où par une aberration de la doctrine monétariste imposée par l’Allemagne, la BCE est censée ne pas prêter directement aux Etats membres de la zone. Ceux-ci doivent donc passer par les fourches caudines des spéculateurs, qui n’hésitent pas à pratiquer des taux de type usuraire, qui rendent de plus en plus incertain tout espoir de remboursement. Arrivé à ce stade, au milieu de 2010, une partie des grandes banques européennes souhaitèrent ainsi se désengager de leurs créances sur la Grèce… ce qui aurait précipité la faillite de l’Etat et la contagion progressive aux autres pays européens. C’est pourquoi, les dirigeants politiques des grands pays, notamment la France, interdirent à leurs banquiers de revendre les obligations grecques et d’autres pays en difficulté manifeste de financement : c’était repasser la patate chaude, de plus en plus brûlante, entre les mains désormais tremblantes des grandes banques. Ceci justifiait alors de leur part, et des autres prêteurs spéculateurs, une nouvelle augmentation des taux d’intérêt, au nom de l’augmentation de leur prime de risque ! Et, de fait, le récent accord de défaut de paiement sur la Grèce (27 octobre 2011) fait perdre à ces banques 50% de la valeur de leurs créances sur ce pays, dont il faut toutefois déduire tous les prêts usuraires qu’elles lui avaient consenties jusque là.
Ainsi, depuis plus de 18 mois, le refus allemand d’une solidarité suffisante envers les pays du sud, a rendu auto-réalisatrices toutes les spéculations contre eux. Il faut rappeler qu’il s’agit des pays dont l’Allemagne refusait dans les années 1990 l’entrée dans la zone euro en les désignant comme pays du Club Med, aujourd’hui encore moins aimablement traités de PIGS (pour Portugal, Italy Greece et Spain). De même les menaces de sortie de la zone euro proférée contre la Grèce en violation de tous les traités (qui ne prévoient rien de tel et même l’interdisent à tous les membres de l’Union européenne) sont évidemment plus graves que le dépassement de ratios d’endettement rendus intenables par les taux imposés. Ainsi réapparaissent les germes d’une xénophobie latine et de son corollaire germanophobe, pour la troisième fois en un siècle : il ne faut pas hésiter à dire que cet aspect « bismarkien » de la crise européenne est peut être plus préoccupant que les questions financières qui en sont la cause apparente. Toujours est-il que la solidarité européenne la plus élémentaire qui aurait du permettre de surmonter ce qui n’était qu’une difficulté périphérique, eu égard aux faibles montants en jeu, a fait de la zone euro, sous la férule de la Merkozy , le maillon faible de la mondialisation financière. Pour chiffrer la carence de la BCE, à l’égard de l’endettement public un seul indicateur suffira : le portefeuille de titres publics détenus par la Banque du Japon représente, cette année, près de 18% du PIB ; celui de la Banque d’Angleterre, plus de 13% ; celui de la Fed américaine, près de 11% ; celui de la BCE, moins de 2% !!!
Certes, les autres zones anciennement développées ne se portent guère mieux à commencer par les USA. Ceux-ci sont enkystés dans la politique centriste, à défaut d’être consensuelle, adoptée dès son élection, par B. Obamah, qui a confié la politique économique de son pays à un secrétaire d’Etat T. Geithner, ancien président de banque. Il est vrai que c’est Wall Street qui finance la plus grande partie de ses campagnes électorales : personne ne peut donc plus en attendre une initiative importante, ni en politique intérieure, ni en politique étrangère, du moins dans l’année qui vient, avant les prochaines élections, qui s’annoncent très incetaines. C’est pourquoi, au sommet du G 20 de Cannes, Sarkozy pouvait bien réclamer une taxe sur les transactions financières, il était assuré du veto anglo-saxon. Plus que tout autre, ce sommet « sous présidence française », se révélait être le sommet d’une double soumission : soumission aux grands spéculateurs internationaux ; soumission àl’aveugle politique monétariste allemande, qui entraînera l’Europe et son propre pays dans la catastrophe désormais annoncée.
Car, dans les pays de la zone euro, et en particulier, dans le nôtre, c’est une mutation politique de première importance qui s’opère ces jours ci, quand le 1er ministre se targue de présenter le plan de rigueur le plus sévère depuis 1945, avec pour seul argument, celui de garder le triple A, c’est-à-dire d’obtenir le satisfecit des trois agences de notation ! Et depuis les premiers discours électoraux du président, explicite la détermination d’entraîner notre pays dans cette course folle.
Emergence d’une dictature financière
Depuis quelques jours en effet, devient clair ce que certains analystes subodoraient depuis le début de la spéculation contre les dettes souveraines d’Etat de la zone euro. Il y a une incompatibilité fondamentale entre la démocratie politique et la spéculation financière internationale. En particulier, tous les observateurs observent que le temps des décisions se compte en semaines et en mois pour l’une, en minutes et en heures pour l’autre. Nécessairement, l’une doit se subordonner à l’autre. Pour le moment, malgré le protestations populaires, c’est la démocratie qui doit s’incliner devant la spéculation : c’est ainsi qu’en 10 mois, 5 gouvernements de la zone euro ont dû démissionner ! Les premiers, les Gouvernements et Parlements de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne ont du accepter, les dictats des financiers internationaux, pour l’essentiel des mesures de régression sociale, avant de démissionner. Ceci a permis d’organiser des élections, gagnées par leurs adversaires, avec à leur tête ou à un poste clé de responsabilité, des financiers, anciens des grandes banques spéculatives. Dans le même temps, la BCE a remplacé l’archaïque J. Cl. Trichet là aussi, par Mario Draghi, un italien, d’abord pressenti pour remplacer Berlusconi comme 1er Ministre et qui était naguère un des principaux responsables de Goldman Sachs ! Ces nouveaux responsables politico-financiers se sont évidemment bien gardés de revenir sur aucune de mesures impopulaires imposées par d’improbables « troïkas » (hauts fonctionnaires européens, BCE et FMI), manifestement illégitimes pour trancher à la place des peuples, voire contre la volonté des peuples.
Ce processus de délégitimation démocratique, jusque là insidieux, est venu en pleine lumière avec les cas de la Grèce et maintenant de l’Italie, du fait en partie de la personnalité de chefs de gouvernement, certes bien différents l’un de l’autre , mais situés dans le même moment au cœur de la contradiction posée par le changement de légitimité politique : d’une démocratie, certes très imparfaite, à une dictature financière sans état d’âmes. Dans les deux cas, les mesures anti-sociales imposées par la Merkozy et ses fonctionnaires anonymes seront sans doute adoptées, et de nouvelles équipes menées par des financiers, qui ont tous eu des responsabilités dans le déclenchement et l’aggravation de la crise actuelle vont se trouver au pouvoir, reprenant avec délectation le slogan fétiche de Margaret Thatcher : There Is No Alternative, en bon français, « circuler il n’y a rien à voir » ! En clair, pour satisfaire les spéculateurs financiers anonymes, mais représentés médiatiquement par les trois agences de notation, partout, la course à l’échalote vers plus de rigueur va se poursuivre ou s’accélérer, ce qui entraîne déjà l’Europe dans une nouvelle récession, laquelle creusera un peu plus les déficits et justifiera de nouvelles mesures anti-sociales : en France, le plan de cette semaine, basée sur une hypothèse de croissance de 1% est déjà caduc, puisque l’OCDE reconnaît déjà que la plupart des pays d’Europe, dont le nôtre, sont entrés en récession, c’est-à-dire une croissance négative. De plus, tous les calculs montrent qu’une décision de réduction des déficits publics, n’a finalement qu’une efficacité de 30%, compte tenu du ralentissement de l’activité et des rentrées fiscales qu’il engendre.
Sur le plan géopolitique, cette nouvelle situation est grosse d’une désagrégation européenne entre le nord et le sud du continent, dans laquelle notre pays sera lui-même écartelé par sa double appartenance, géographique et culturelle, à ces deux sous-ensembles, en voie de déchirement.
Mais nous l’avons montré plus haut, l’avenir demeure imprédictible : ainsi, gérer la crise grecque n’est qu’une petite chose à l’échelle continentale. Mais, dès lors que le nouveau Moloch continue de dévorer ses propres enfants et que la spéculation continue de se déchaîner contre l’Italie , obligée d’emprunter à 7% et plus, avec une croissance nulle, voire bientôt négative, et un volume de dette cinq fois plus élevé que celui de la Grèce, la situation devient définitivement ingérable : la nouvelle orthodoxie ne pourra pas résister au grand vent de l’histoire : déjà les accords de stabilisation financière, annoncée avec grand fracas il y a quelques semaines, sont caducs, puisqu’ils supposeraient que la France vienne au secours des autres pays, alors qu’elle est, elle-même désormais menacée.
Pour autant,, ne tombons pas dans la paranoïa : il n’y a pas une nouvelle « coupole » capable de diriger le monde de façon centralisée et encore moins rationnelle : d’après les dernièes études internationales, ils sont un peu moins de 150 (147 exactement) : ils contrôlent à eux tous plus de 20 000 des grandes firmes multinationales ! Parmi eux, les ¾ sont des banquiers qui détiennent de ce fait les rênes du pouvoir mondial. Or, malgré cette concentration croissante, chacun de ces spéculateurs, actifs ou potentiels, internationaux n’a en vue que sa propre recherche de maximisation des profits, si bien que les contradictions entre eux sont innombrables. Vivant dans leur monde à part, nul ne sait, eux moins que quiconque, ce qui surgira demain dans l’ordre économique, géopolitique ou écologique. Enfin, partout dans le monde, se lève une nouvelle conscience citoyenne qui, à bout d’indignations, revendique le retour à la démocratie, une politique sociale et environnementale responsable, et commence à faire siennes les solutions alternatives, qui contrairement au discours dominant, ne manquent pas.
C’est à l’esquisse d’une telle stratégie citoyenne que nous consacrerons notre seconde partie.
Deuxième partie : Quelle stratégie citoyenne face à l’aggravation de la crise et à la dictature financière ?
Les altermondialistes ont mieux que d’autres pressenti et analysé cette crise systémique, et, à juste titre, ils n’ont cessé de dénoncer la libéralisation sans règle des mouvements de capitaux et de marchandises . Mais ils n’ont probablement pas assez mis en avant la dimension géo-politique du système prévalant depuis une trentaine d’années et qui est en train d’exploser sous nos yeux. Non qu’ils l’aient ignoré, mais ils ont répugné, sans doute du fait de vieilles réminiscences idéologiques, à lui donner sa véritable caractérisation de néo-impérialisme.
Ecrire cela, ce n’est pas choisir un slogan facile, ni même adhérer à un courant idéologique ou encore moins politique particulier : le concept est né d’auteurs politiquement aussi différents qu’Hobson (1902), sans doute son initiateur, Hilferding (1910), R. Luxembourg (1913), Kautski (1914), Boukharine (1915) et enfin, Lénine (1916) . Si la conception de ce dernier a été la plus répandue, à travers les succès politiques de la IIIème Internationale, on peut constater sa conception erronée, dès le rappel du titre de son livre : « l’impérialisme, stade suprême du capitalisme ». Or, avec un siècle de recul, on constate qu’il ne s’agit pas d’un « stade suprême », comme le donnait à penser une vision linéaire et mécaniste de l’histoire. Il s’agit, plus dialectiquement, d’une caractérisation particulière qui naît de l’internationalisation sans règle des mouvements de capitaux (comme l’avaient bien vu ses prédécesseurs). Mais le capital financier représente alors un pouvoir exporté au sein d’autres peuples, ce qui ne peut que déclencher des conflits géo-politiques et politiques internes, dont les années 1910 nous ont offert la cruelle manifestation. Ainsi, le capitalisme au lendemain des deux guerres mondiales perd provisoirement son caractère impérialiste, non pas seulement parce que s’est réalisé une paix par la destruction et la capitulation de l’un ou l’autre des belligérants, mais parce que les mouvements internationaux de capitaux sont alors, pour un temps, strictement contrôlés. Mais ce caractère impérialiste se retrouve progressivement depuis les années 1980 dans des conditions beaucoup plus dangereuses encore, avec la multiplication et la diffusion des armes de dissuasion massive (non seulement nucléaires, mais aussi chimiques et surtout bactériologiques) et sous des modalités renouvelées, qui justifie le terme de néo-impérialiste. La nouvelle étape de la crise, qui commence durant l’été 2011 va nécessairement fortement aggraver ces contradictions et, de ce fait, ces risques de conflit, partout dans le monde.
C’est pourquoi l’urgence est de prendre conscience que l’aggravation brutale de cette crise systémique globale durant l’été 2011 rend caduques les stratégies gradualistes de transformation, héritières des anciens mots d’ordre de la social-démocratie de gauche et du réformisme révolutionnaire prôné à la fin des années 60. La désespérance sociale qui se développe aujourd’hui partout en Europe, dans le monde arabe, en Afrique et ailleurs dans le monde, ne peut plus, en effet, rester sans réponse immédiate et l’affirmation d’une stratégie alternative de rupture avec le système en voie de décomposition : sinon les tentations de l’extrême droite (la « chasse aux autres ») ou de la barbarie aveugle, de type anglais ou parfois africain, vont continuer à se répandre comme une traînée de poudre dans chaque pays et les affrontements entre voisins se multiplier.
Si les analyses proposées dans notre première partie sont correctes, au moins dans leurs grandes lignes, l’action citoyenne doit débattre des stratégies possibles pour y faire face et tenter d’en retenir une. Pour nous, nous insisterons sur sa nécessaire cohérence : il est, en effet nécessaire, pour entraîner l’adhésion du plus grand nombre, d’articuler d’une part un ensemble, non exhaustif, de mesures d’urgences, en particulier contre l’aggravation la plus immédiate de la crise, hic et nunc ; d’autre part, en inscrivant celles-ci dans des perspectives de moyen terme, à l’horizon des 5 ou 10 prochaines années, être capables de faire sens pour un nombre maximum de citoyens, à travers le monde.
Mesures d’urgence :
Les tentatives de rafistolage pratiquées depuis 4 ans (depuis le déclenchement de la crise des subprimes) ont démontré la contradiction insurmontable dans le système actuel, entre le contrôle de l’endettement (privé et public) et le soutien à l’activité productive et à l’emploi. Toutes les mesures proposées jusqu’ici par les autorités en place et parfois mises en œuvre ne peuvent améliorer l’un des deux termes qu’en aggravant l’autre terme de la contradiction, pour une raison évidente : le premier objectif ne peut que réduire une demande globale déjà trop faible, alors que le second terme requiert l’augmentation de cette même demande ! Des mesures d’urgence, monétaires, financières, légales et fiscales sont donc nécessaires dans le seul but d’éviter l’effondrement immédiat de l’activité et de l’emploi, et les poussées xénophobes et bellicistes, qui ne manqueraient pas de l’accompagner.
Il y a deux mois, c’est la Grèce qui risquait de tut emporter, mais en la sauvant au prix d’une décote bancaire de 50%, c’est tout à la fois ces banques et les pays voisins, à commencer par l’Italie, que l’on voyait immédiatement menacés. Pour les banques, dont la recapitalisation, quand ce n’est pas la mise sous tutelle, s’impose, il est possible que l’action conjuguée des grandes banques centrales mondiales, annoncées cette semaine dans la plus grande urgence car on n’était plus qu’à quelques jours, voire quelques heures d’un krach parviennent du moins pour un temps à conjurer le péril : ce erat la preuve que la mutualisation des garanties et, éventuellement, des pertes, permet la consolidation de l’édifice.
Ainsi, de semaines en semaines, pour ne pas dire de jours en jours, on ne fait que retarder les échéances ou déplacer les lieux d’un effondrement annoncé. A moins qu’évitant, par de prodigieuses habiletés, dignes de meilleures circonstances, on se contente pour l’instant de s’enfoncer pour une période indéfinie
1- Mesures monétaires d’urgence :
1.1 Monétisation des dettes publiques : Aujourd’hui, les banquiers peuvent emprunter à la BCE à 1,25% (0% à la Fed ou à la Banque du Japon et reprêter à 7% et d’avantage aux pays européens en difficulté. Pourquoi ces derniers doivent-ils passer par cet intermédiaire proprement scandaleux ? Parce que, dit-on doctement, on ne veut pas monétiser la dette ! Or, la monétisation des dettes des Etats souverains par les Banques centrales, si elle est poursuivie avec conséquence et pour des montants suffisants retire à très court terme tout intérêt à la spéculation contre ces monnaies. Dans ce domaine la BCE, qu n’a pas fait dans ce domaine dixième de ses homologues américaines et japonaises, doit être entraînée, notamment contre sa composante allemande, qui combat cette solution . Quant au risque inflationniste qui pourrait en découler, il n’a aucune actualité dans les pays développés, alors que la demande globale y est initialement trop faible pour assurer le plein emploi de la main d’œuvre et des capacités de production. Si on mesure l’inflation sous-jacente dans les principaux pays développés (c’est-à-dire en dehors du pétrole et de matières premières importés), c’est en réalité, comme dans les années 1930, la déflation qui est la principale menace, ce qui explique d’ailleurs les politiques monétaires beaucoup plus accommodantes que jamais pratiquées par les Banques centrales, notamment la Fed américaine et même la BCE, sans même parler de l’interventionnisme sans précédent des banques centrales britanniques, suisses et japonaises. Quant au risque d’inflation ultérieure, qui pourrait découler de ce gonflement de la masse monétaire, celle-ci serait particulièrement simple à juguler, car la politique monétaire est plus facilement réversible que les autres politiques conjoncturelles : l’argent qui arrive à la banque centrale pourra toujours être détruit ou gelé à volonté. Alternativement, on pourrait aussi juger qu’une hausse, même limitée, de l’ensemble des prix serait une contribution utile des créanciers au désendettement global, outre qu’il redonnerait à la politique monétaire une flexibilité qu’elle a perdu, comme l’explique clairement Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI : afin de maintenir une cohérence internationale, il suffirait alors, dans le moyen terme, de définir des objectifs d’inflation anticipée un peu plus élevés, au sein d’un nouveau FMI (cf.. infra).
En fait, l’annonce de ce changement drastique de la politique monétaire, en privant la spéculation de toute perspective de profit, suffirait à calmer les choses : le montant effectif des achats à effectuer serait logiquement très peu important.
1.2 Les pays de la zone euro doivent retrouver la maîtrise de leur politique de change. Il est intolérable qu’en violation du Trait de Maastricht, ils aient abandonné cette fonction souveraine à la BCE, qui ne devrait d’après les textes qu’être chargé d’exécuter la décision collégiale des Ministres des finances concernés. Ce retour au droit existant, devrait conduire à des ventes massives d’euros, à l’instar des mesures appliquées par les banques centrales suisses ou du Japon. Plus largement, les dits Ministres devraient faire savoir que les interventions de la BCE doivent d’éviter une volatilité excessive des monnaies autour d’une valeur cible d’1 euro pour 1,2 dollar, proche de celle adoptée lors de la création de la monnaie européenne
1.3 Des mesures anti-spéculatives d’urgence s’imposent immédiatement pour réduire les risques de contagion vers d’autres pays ou d’autres types de produits. C’est pourquoi, l’interdiction générale et permanente des transactions (achats et ventes) à découvert, et plus largement des marchés de produits dérivés, ne ferait que généraliser les mesures timidement amorcées dès cette mi-août. On peut interdire la spéculation, comme on le faisait jusque dans les années 1970, et comme le font encore les pays émergents. Il suffit de comparer les résultats économiques globaux pour savoir de quel côté se trouve l’efficacité !
1.4 La création d’obligations publiques européennes (eurobonds) reviendrait à une mutualisation des dettes, ce qui se heurte pour l’instant à l’hostilité allemande (et accessoirement hollandaise, autrichienne et finlandaise). Il faut, à cet égard mener la bataille idéologique dans toute l’Europe et particulièrement dans les pays non solidaires, leur expliquer qu’à l’évidence il ne peut y avoir d’Europe monétaire, qui ne soit en même temps financière, et que rien n’est plus absurde que de se proposer en modèle, quand on tire sa prospérité de ses excédents commerciaux, qui ne sont que la contrepartie comptable du déficit de partenaires, que l’on invite à faire de même… Mais, de l’autre côté, celui des pays demandeurs d’une telle solidarité, on ne peut pas nier que sa mise en œuvre pose la question du pouvoir légitime, qui la gouverne. La position originale d’un mouvement progressiste internationaliste ne peut être ni d’ignorer la question, ce qui bloque la situation, ni de la laisser aux seuls Etats créanciers (potentiels), ni à des instances européennes sans légitimité démocratique. En fait, l’audace dictée par l’urgence de la situation doit être de confier ce pouvoir au Parlement européen, élu au suffrage universel direct, même si dans sa composition actuelle il n’est pas spontanément demandeur d’une telle responsabilité… Mais, devant l’aggravation de la crise, des alliances ponctuelles pour adopter un tel dispositif sont ici tout à fait souhaitables et possibles.
2 – Mesures financières d’urgence :
La mise en place d’une taxe Tobin par les autorités européennes serait évidemment une excellente illustration des politiques d’alliances ponctuelles, préconisées à la fin de cette note, si de façon injustifiée, sa mise en application est retardée de 2 ans par les instances européennes , alors même que tous les tenants du capitalisme financier organisent déjà leur contre-attaque. Mais il faut certainement aller beaucoup plus loin (après tout son inventeur, James Tobin, n’était qu’un keynésien centriste, qui avait protesté de l’usage de son nom par le mouvement altermondialiste naissant) : d’abord en faisant pression pour que cette taxe soit fixée à un niveau dissuasif, à l’encontre des mouvements spéculatifs. Ensuite, en demandant son extension aux pays extérieurs à la zone, à commencer par le Royaume Uni et la Suisse.
Enfin, en ne se contentant pas d’agir ainsi sur le prix des transactions financières, mais en se donnant les moyens d’en contrôler les volumes, ce qui est généralement considéré comme plus efficace . Cela passerait par l’instauration d’un système de réserves obligatoires, sur tous les mouvements internationaux de capitaux de moins de deux ans. Le pourcentage de ces réserves serait indéterminé et pourrait être modifié à tout moment de manière discrétionnaire par les autorités politiques de chaque Etat ou zone monétaire. Il est bien évident que les praticiens de la hot money serait alors perpétuellement sous le coup de cette « bombe atomique » (le gel d’une partie de leurs capitaux), les amenant à limiter leurs opérations de court terme à celles strictement nécessaires sur le plan économique. Dès lors, il ne serait pas judicieux de les pénaliser d’avantage et une convention de fait s’établirait entre les agents financiers et ceux chargés de les contrôler.
Quant aux mouvements de capitaux à plus long terme (du type investissement directs à l’étranger), nous verrons dans les perspectives à moyen terme la nécessité de les encadrer sur une base multilatérale, afin de réduire les contradictions inter-impérialistes.
3 – Une urgence immédiate, la socialisation du crédit :
L’agenda de la dernière rentrée a été dominé par les évènements financiers en Europe, devenue le « maillon faible » du système mondial, non pour des raisons fondamentales (l’endettement public du Japon ou des est beaucoup plus élevé que celui de la Grèce ou de l’Italie, celui Etats-Unis que celui de l’Espagne ou de la France). Mais c’est l’incohérence de sa construction, qui permet aux spéculateurs internationaux, qui disposent de bien des alliés dans la place, de se déchaîner en toute impunité : la reconnaissance de l’insolvabilité grecque (pour 50% de son montant nominal, ce qui paraît un pourcentage minimal, qui dans les faits n’allègent le fardeau que d’un tiers) et sa traduction dans les bilans de l’ensemble des banques. Faute de s’être doté depuis 2008 des moyens anti-spéculatifs nécessaires – pour reprendre l’heureuse contre pétrie d’Eva Joly « on a changé le pansement, plutôt que penser le changement » -, nous risquons de connaître dans les prochains jours un nouveau déchaînement de spéculation, sans doute d’abord contre le Portugal et surtout l’Italie, en attendant d’autres pays de la zone euro, et peut être la France : les écarts de taux d’emprunt (spread) ne font qu’enfler et dans la moitié des pays, il existe déjà une décote de quelques 10% de l’ensemble des créances, même les meilleures.
Après la chute de Dexia, il a fallu reconnaître au niveau européen, que de nombreuses banques ne pourront pas résister à ces nouvelles et brutales dépréciations d’actifs, sans augmentation considérable de leur capital. Comme pour une bonne part d’entre elles, cette augmentation ne peut venir des financiers privés (lesquels seraient assez fous pour investir en ce moment dans les banques menacées de faillite, alors même qu’elles ne se prêtent même plus entre elles au jour le jour ?), c’est donc à nouveau l’argent public qui risque d’être massivement sollicité, comme en 2008 : l’argent du public, alors même qu’on le pressure déjà, à travers des cures d’austérité simultanées, dont le premier effet évident – regardez les chiffres grecs ou britanniques – déclenche une nouvelle chute de l’activité et donc une aggravation des déficits et de l’endettement publics que l’on prétend ainsi combattre !
Le fait que le crédit soit un bien public – ce qui est indéniable – ne justifie en rien la récurrence des mesures de soutien sans contrepartie aux établissements de crédit, qui ont permis de perpétuer les pratiques spéculatives, désormais déchaînées contre les Etats les plus faibles ! Une réaction massive de l’opinion doit donc se manifester dans les plus brefs délais. Il est urgent de populariser le slogan de la « socialisation du crédit », qui paraît faire consensus chez la plupart des économistes progressistes. Celle-ci devrait d’abord concerner tous les établissements faisant appel aux capitaux publics, avant qu’une loi ne vienne le généraliser dans les conditions propres à chaque pays.
Mais pour que cette idée, qui rompt avec la pratique déjà essayée en 2008 de nationalisation partielle et temporaire, s’impose et permette la mobilisation la plus large – sur ce sujet, on ne manquera pas d’alliés de circonstances -, il faut en préciser deux modalités essentielles, sans tomber dans une technicité, qui rebute évidemment le plus grand nombre :
- en premier lieu, la stricte séparation des activités commerciales et des activités spéculatives, sur le modèle réussi de Roosevelt, durant la Grande Dépression des années 1930 ;
- en second lieu, la mise en place auprès du directoire de la banque socialisée, d’un conseil de surveillance quadripartite , composée des représentants de l’Etat (avec une golden share, autrement dit, un droit de veto, puisque celui-ci est le garant ultime de son capital), les représentants élus des salariés de la banque, ceux des déposants et, enfin ceux des clients (ménages et entreprises). Les délibérations de ce conseil de surveillance auraient un caractère public.
On voit bien qu’il s’agit alors de créer une gouvernance innovante, visant à synthétiser les avantages de la banque nationalisée et de la banque coopérative, et qui justifie pleinement le terme d’établissement socialisé.
4 – Mesures budgétaires d’urgence :
Devant l’indécence de plus en criante due à la plus forte inégalité des fortunes et des revenus, depuis un siècle et qui ne cesse de se poursuivre, la nécessité d’une politique fiscale correctrice paraît d’autant plus urgente qu’elle constituerait un élément de relance, contribuant simultanément à la réduction de l’endettement public. L’évidence devient telle que quelques unes des plus grandes fortunes américaines ou françaises, de même que des hommes politiques de tout bord, en affirment la nécessité : ne boudons pas notre satisfaction et faisons seulement observer que certaines de nos solutions sont devenues si évidentes que même une partie des personnes visées s’en est aperçue !
Malgré cela, en France et en Europe, on prétend constitutionnaliser la rigueur croissante sous la forme d’une « règle d’or », qui serait censée garantir l’équilibre des finances publiques : absurdité économique, sociale et politique, qui prétend rendre intangible un équilibre budgétaire, qui est de toute éternité un instrument d’ajustement de court terme ! Quand de plus, la mesure est proposée par ceux, qui à coup de déductions et de niches, n’ont cessé de creuser ces déficits, on suggérerait que si une règle d’or devait être inscrite dans la constitution, elle soit ainsi libellée : la première règle du budget doit consister à faire exactement le contraire de ce qu’ont fait Sarkozy et ses amis depuis près de 10 ans !
Il s’agit, en effet, de mettre en place de manière pérenne une hausse massive des impôts sur les hauts revenus et grandes fortunes, en commençant par ce qui est évidemment le plus facile, la suppression de tous les privilèges qu leur ont été accordés depuis une dizaine d’années. Ces rentrées fiscales serviraient à financer un relèvement général des bas revenus, jusqu’au seuil de pauvreté, ces catégories sociales ayant par force une propension à consommer l’intégralité de leurs revenus supplémentaires. Ceci engendrerait des rentrées fiscales, dont une partie serait consacrée à des actions de développement durable et l’autre à amorcer le désendettement dans le cadre d’un plan à moyen terme : on demande bien aux Grecs de se serrer la ceinture jusqu’en 2 020.
On observera pour en finir avec la possibilité de faire adopter tout ou partie de ces mesures d’urgence que certains des gardiens les plus acharnés de l’ancienne orthodoxie dite néo-libérale et monétariste en viennent progressivement, sous l’empire de la nécessité, à préconiser, voire à mettre en œuvre quelques unes des mesures les plus audacieuses. Depuis longtemps, dans l’indifférence, ou sous les sarcasmes du plus grand nombre des bien-pensants. Jusque là, seule une minorité d’économistes hétérodoxes prônaient de telles mesures. Mais il faut absolument accepter et encourager ces nouveaux hommages, même tardifs, que le vice rend à la vertu…
Des perspectives pour l’action citoyenne :
Il nous faut, collectivement, des étoiles auxquelles accrocher notre charrue. Autrement dit, il nous faut donner du sens (c’est-à-dire à la fois une signification et une direction) à nos actions citoyennes journalières. Ceci ne relève plus, comme aux siècles précédents d’utopies, qui étaient comme autant de descriptions de futurs paradis sur terre. Par contre, il est possible de dessiner des perspectives crédibles dans quelques domaines fondamentaux, qui dessineront à l’horizon de la décennie un autre système global, dépassant les principales contradictions de la crise du système mondial actuel. Pour cela, nous pouvons nous appuyer sur d’innombrables travaux collectifs menés sur tous les continents et qui ont été largement discutés, avant même ou depuis le déclenchement de la crise contemporaine, à travers internet et de nombreux forums sociaux. Il est évidemment impossible d’en rendre ici un compte rendu complet, mais nous voudrions insister sur trois ou quatre des ces perspectives, le débat permettant éventuellement d’en approcher d’autres. Nous retiendrons donc d’abord« l’accès aux droits et l’impératif démocratique » ; ensuite, ce que pourrait être une nouvelle gouvernance mondiale ; puis, nous tenterons le même exercice pour la gouvernance européenne ; enfin, nous chercherons à définir ce qui pourrait être un nouveau paradigme des échanges internationaux, sous le terme de « fair trade », qui subordonne ceux-ci à l’adoption de régulations efficaces contre les 4 grandes formes de dumping : monétaire, fiscal, social et écologique.
L’égal accès pour tous aux droits fondamentaux
On se contentera d’indiquer que ceci concerne aussi bien les droits collectifs (ceux des peuples, y compris minoritaires, notamment) qu’individuels, tous les droits reconnus dans les Déclarations, depuis le XVIIIème siècle, que les droits nouveaux, qu’ils soient économiques, sociaux, culturels ou environnementaux : la nouvelle régulation mondiale proposée ci-dessous a pour premier objectif d’en assurer concrètement l’égal accès pour tous.
Pour une régulation mondiale légitime et efficace.
Face à la crise de la mondialisation, caractérisée par l’hégémonie US et l’accumulation financière, quelle issue ?
Celle-ci ne doit pas être le retour à un fractionnement du monde, évidemment lourd des pires conflits. Les drames humains, les urgences écologiques et les risques géo-militaires, nous le rappellent dramatiquement tous les jours : nous n’avons qu’une seule planète, dont nous sommes tous solidairement responsables. C’est pourquoi, l’altermondialisme n’est pas un anti-mondialisme, mais l’actualisation permanente du vieil internationalisme humaniste d’un Jean Jaurès : il en partage les valeurs fondamentales, mais il ne considère ni la nation, ni aucune autre sorte de souveraineté comme pertinente pour réguler l’emboîtage de communautés de vie et de destin, qui forment autant de communautés politiques différenciées, de la planète jusqu’au quartier et au village.
On ne peut espérer, à un horizon crédible, la mise en place d’un gouvernement planétaire, dont l’utopie humaniste est hors de portée, même si nous ne devons pas cesser de promouvoir l’idéal d’une citoyenneté mondiale. Par contre, à défaut de convaincre toutes les puissances et toutes les consciences de faire « du passé, table rase », on peut espérer (devant les risques d’éclatement de crises en tout genre), peut être plus vite qu’on ne le croit parfois, constituer une large alliance pour proposer une nouvelle régulation mondiale, légitime et efficace. Celle-ci devrait s’appuyer sur la Charte des Nations Unies, la Déclaration Universelle des droits de l’homme et les valeurs essentielles de paix, de solidarité internationale, de développement durable et de diversité culturelle, en s’appuyant sur tous les efforts sincères de coopération mondiale et régionale, menés depuis 60 ans. Pour cela, les institutions existantes ne doivent pas être niées dans leur principe, car elles ont vocation à créer les conditions d’une régulation concertée et anti-hégémonique des grands problèmes mondiaux. Mais, elles doivent être aujourd’hui critiquées, sans relâche et sans complaisance, pour leur absence ou leur insuffisance de légitimité et, par là-même d’efficacité, ce qui suppose, moins leur disparition que leur transformation.
Il faut donc que tous les mouvements citoyens à travers le monde sachent convaincre la conscience universelle, qu’entre régression et utopie, il est possible de définir une autre régulation mondiale, à la fois légitime et efficace, compte tenu de ce que l’efficacité ne pourra résulter que de sa nouvelle légitimité, fondée sur la promotion des droits humains et des libertés. Cette nouvelle régulation ne peut reposer que sur une stratégie de transformation des institutions existantes. Mais, en même temps, elle est toute autre chose qu’une simple addition de réformes ponctuelles, qui seraient l’affaire de technocrates et d’experts internationaux, et elle a besoin, pour réussir, de la participation du plus grand nombre des citoyens du monde, de leurs mouvements sociaux et culturels, de leurs organisations syndicales et de leurs élus légitimes, qu’ils soient nationaux ou locaux. Ce sont, eux tous, qui doivent s’emparer, en toute circonstance désormais, des principes essentiels d’une nouvelle régulation mondiale, légitime et efficace, et de toutes les conséquences qui en découlent.
Cette nouvelle régulation pourrait reposer sur 10 principes essentiels, dont découlent autant de conséquences concrètes :
1) Les institutions économiques, financières et commerciales doivent être subordonnées aux instances politiques légitimes.
Conséquences concrètes : L’intégration des institutions économiques mondiales (FMI, Banque Mondiale, OMC, BRI, OCDE), dans le système des Nations Unies, doit être effective. Ceci signifie le respect de leur Charte, de la Déclaration Universelle des Droits ; des procédures de décision conformes (cf. infra) ; la définition de leur rôle et leur contrôle par les instances légitimes (Assemblée Générale et Conseils de Sécurité : cf. infra).
2) Ces instances doivent assurer une répartition multilatérale équitable à tous les peuples du monde.
Conséquences concrètes : La création d’un Conseil de Sécurité économique, social, culturel et environnemental (2 ESC, en anglais). Il serait composé de 10 membres renouvelables tous les 10 ans (dont 2 pour l’Afrique, 1 pour l’Amérique du Nord, 1 pour l’Amérique latine, 3 pour l’Asie, 2 pour l’Europe, et 1 pour et l’Océanie), comprenant les pays (ou groupements de pays) les plus importants de chaque continent et de 15 autres membres, élus tous les 2 ans, par l’Assemblée Générale. Chaque membre représenterait un Etat ou un groupe d’Etats (tel que l’Union Européenne). Ce « 2 ESC » se substituerait aux différents clubs de pays riches du type G7, G8, G20 etc. Le PNUD, la CNUCED, la BRI et l’OCDE lui sont rattachées.
En cas de conflits entre les normes édictées par diverses agences spécialisées, le 2 ESC arbitre, après avis de l’assemblée économique, sociale, culturelle et environnementale (cf. infra).
Toutes ses décisions doivent être prises, suivant le principe de double majorité et à l’exclusion de tout droit de veto : elles ne sont validées que si elles sont adoptées par une majorité de ses membres, représentant la majorité des populations des pays membres, ce qui garantit un équilibre entre les pays les plus peuplés et les moins peuplés.
3) La société civile et les mouvements sociaux mondiaux doivent être associés de façon permanente à toutes les décisions des instances mondiales
Conséquences concrètes : La création d’une Assemblée économique, sociale, culturelle et environnementale, réunissant les représentants des organisations patronales, syndicales, culturelles (représentant les milieux artistiques et scientifiques) et environnementales, ainsi que les ONG humanitaires. Celles-ci devraient être obligatoirement consultées, avant toute décision de l’Assemblée Générale et des Conseils de Sécurité. Elle dispose d’un pouvoir d’initiative, pour demander à l’Assemble Générale et aux Conseils de Sécurité de délibérer sur toutes les questions qui leur semblent le justifier et des moyens d’études du PNUD, de la CNUCED et de l’OCDE.
4) La primauté de l’Assemblée Généra |  | | > Commentaire(0) | |
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| EUROPE ECOLOGIE LES VERTS |
| ASSEMBLEE GENERALE DE 04 DECEMBRE 2010 A CORTE | Le rassemblement des forces écologistes est un moment important pour un avenir durable pour la Corse. Les assises constituantes d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) qui se sont déroulées le 23/11 à Lyon installent dans le paysage politique un outil à la hauteur des enjeux environnementaux et sociaux qu’il nous faut maintenant concrétiser ici.
Aussi, nous espérons que tu seras parmi nous le samedi 4 décembre 2010 à Corte (Université de Corte) à compter de 10 H.
Seuls les adhérents à jour de leur cotisation 2010 (Europe Ecologie, Iverdi Corsi ou les nouveaux adhérents EELV) pourront voter.
Une collation en commun sera prise sur place entre 12h et 13 h tu voudras bien nous informer si tu y participes (helene.erika@gmail.com -prévoir 10 € de participation).
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| LES SCORPIONS ET LAVAL |
| Par sa nature, la crise systémique de la mondialisation qui a éclaté l’été 2007 n’a de l’avis général pour précédent que celle de 1929.
Fort heureusement, l’expérience aidant, l’effondrement général a pu être évité par une coordination minimale des politiques des grands pays (création du G 20, etc), mettant en œuvre des politiques de renflouement de la demande : politiques monétaires accommodantes et surtout politiques budgétaires exceptionnellement dynamiques, par rapport aux normes précédentes.
| Ainsi, un palier de consolidation a pu être atteint à la fin du 1er trimestre 2009 dans les pays anciennement développés et, aujourd’hui, les pays émergents semblent être repartis comme auparavant dans une croissance, peut être même trop rapide, compte tenu de son emballement . Certes, cette reprise en V et donc le découplage mondial qui en découle face à une reprise US en U, et pas de reprise du tout en Europe (le schéma en L, typique des situations de dépression), pour autant qu’elle se confirme, est un moindre mal sur le plan économique. Mais elle posera dan les années à venir des problèmes géopolitiques d’une exceptionnelle gravité, si américains et européens ne consentent pas rapidement à une transformation fondamentale de la gouvernance mondiale, et le renforcement du système des Nations Unies dans les directions déjà proposées par le mouvement altermondialiste : on ne sort pas d’une crise systémique par les seules politiques conjoncturelles, même adéquates, mais en transformant en profondeur le système en crise.
Nous sommes donc en 1934, et avant même que les contradictions géopolitiques nous assaillent dans les années à venir, les aberrations économiques et financières, plus particulièrement de ce côté de l’Atlantique, nous menacent de façon encore plus urgente. Comme l’a magistralement démontré Joseph Stiglitz dans le « triomphe de la cupidité » une course de vitesse est aujourd’hui engagée entre les Etats et les lobbies financiers internationaux, qui les harcèlent à coup de spéculations.
Car le spéculateur est, par nature, un scorpion. On connaît le conte : un scorpion se tenait sur le bord d’une rivière et, voulant passer sur l’autre rive, demanda à un chien de le transporter sur son dos. L’autre commença par refuser de peur d’être mortellement piqué. Mais le scorpion lui objecta qu’il n’avait rien à craindre, puisque s’il le faisait, il mourrait, lui aussi, noyé. Le chien fut convaincu, mais au beau milieu du guet le scorpion le piqua. Et comme le chien, mourrant, lui jetait un dernier regard étonné, le scorpion lui lança, avant de périr à son tour : « Que veux tu, je n’ai pas pu m’en empêcher, il est dans ma nature de piquer ». Il est, de même, dans la nature du spéculateur de spéculer. En 2007, il spéculait contre les pauvres (subprimes), en 2008 contre ses semblables, aujourd’hui, il spécule contre les Etats qui l’ont renfloué, quitte à ce que leur effondrement entraîne, au milieu du gué, sa propre noyade.
En pratique, les spéculateurs sont restés tout-puissants du fait de l’incapacité des Etats à mettre en œuvre les nécessaires régulations que tout le monde s’accordait pourtant à reconnaître urgentes. Comme nombre d’entre eux ont besoin de se refaire (comme on dit dans les casinos), après les pertes qu’ils ont globalement subies du fait de leurs errements précédents, voici qu’ils s’en prennent aux déficits publics, qui ont été générés pour les sauver ! Ils sont donc en train de gagner la course de vitesse prévue par J Stiglitz.
Or, que font pendant ce temps les Etats, principalement l’Allemagne, relayés par la catastrophique commission Barroso ? Au lieu de commencer par réguler les agents, les mécanismes et les produits de la spéculation, ils se soumettent aux diktats des pires d’entre eux (Goldman Sachs en est le nouveau symbole) et de leurs agences de notation amies : pourquoi ne pas avoir déjà créé une agence publique de notation, pluraliste dans sa composition, au niveau européen ? Les « marchés » (lisez les spéculateurs) ne voudraient plus d’obligations d’Etat (qui pourraient de fait être achetés directement par les banques centrales, qui leur prêtent, en attendant à des taux quasi-nuls), et donc dictent leurs lois, eux qui n’acceptent aucun renforcement de celles qui pourraient leur être imosées par les représentants du suffrage universel .
Nous devons le dire crûment à l’opinion européenne, aux responsables allemands et à tous ceux qui, de gré ou de force (les pays du sud de la zone Euro), s’engagent dans cette politique, qu’elle est condamnée à l’échec pour des raisons logiques incontournables et qu’elle est grosse des pires drames, sociaux demain, politiques après demain, géopolitiques enfin : quand on réduit brutalement les dépenses publiques, et que la dépense privée interne est atone (qui veut investir aujourd’hui et qui peut consommer davantage ?), les exportations des uns ont nécessairement pour contrepartie comptables les importations des autres : autrement dit, on ne peut ainsi que se repasser le mistigri de la crise et du chômage. Et dans ce cas le plus facile est de tenir les autres comme responsables de ses propres échecs : qui ne voit le développement d’une xénophobie rampante, depuis des pays de tradition démocratique affirmée (comme le Danemark, les Pays Bas, la Flandre, voire la France) jusqu’aux démocraties renaissantes de l’Europe de l’est, en passant précisément par l’Allemagne : la dérive de ses tabloïds, tels le Bild, n’inquiéterait pas ? Le vrai danger pour l’Allemagne et ses « partenaires » aujourd’hui, n’est pas le retour à l’hyper-inflation, alors que l’Europe est, au contraire, au bord de la déflation : c’est de réinventer la politique de Pierre Laval en 1934, la déflation salariale, déjà imposée aux pays d’Europe du sud. Ceci est encore plus inquiétant que la presse et une partie des dirigeants allemands les qualifiaient, presque gentiment, de pays du Club Med dans les années 1980, et qu’ils les traitent aujourd’hui à satiété de PIGS . Quand j’entends un ami hellène rétorqué, meurtri : « historiquement, c’étaient qui les porcs ? », j’avoue frémir dans mes convictions européennes de toujours.
Dans les mois qui viennent l’ampleur et la convergence des politiques de déflation salariale menées dans toute la zone euro et au Royaume Uni vont nous précipiter, dans la spirale baissière, qui avait pu être enrayée l’an passé : il en résultera une chute des recettes fiscales, qui ira exactement à l’encontre des objectifs proclamés ! Le danger est tel que l’administration américaine et le FMI sont allés à Berlin pour le signifier à la chancelière allemande, pour l’instant autiste, engoncée dans ses craintes électoralistes
Non pas qu’il faille négliger le développement d’un endettement public incontrôlé, mais tout est dans la manière de le faire. Sans entrer ici dans un débat technique, quelques principes simples devraient s’imposer, en même temps que seraient mises en place les transformations des pratiques de gouvernance et de régulation évoquées plus haut :
- en premier lieu, les objectifs de finances publiques devraient être fixés, comme c’est d’ailleurs le cas aux USA, pour un horizon plus lointain que 2013, réduisant d’autant l’effort annuel à consentir, et rendant par là-même crédibles les engagements de reprise en main .
- En deuxième lieu, ces objectifs doivent concerner essentiellement le taux d’endettement public net (on déduit les créances, qui représentent en moyenne la moitié, du taux brut affiché pour effrayer la grande majorité des gens) et ce taux n’a aucune raison de viser le ratio de 60%, qui ne figure d’ailleurs pas dans le Traité de Maastricht, mais dans le seul « Pacte de stupidité de 1999 », comme l’avait joliment qualifié Prodi alors président de la commission européenne, pacte qui n’a aucune valeur constitutionnelle et qui mériterait d’être renégocié sur de toutes autres bases . En réalité, le niveau absolu d’endettement importe moins (il est de plus de 200 % au Japon) que sa stabilité, chaque pays disposant d’un potentiel de croissance à long terme (bien plus faible en Allemagne qu’en France du fait d’évolutions démographiques très différentes), d’un taux d’épargne national (très élevé chez les Japonais, relativement élevé en France, très faible aux USA, etc.), et enfin d’un niveau de créances, bien différents.
- En troisième lieu, les mesures d’assainissement des finances publiques ne doivent surtout pas privilégier la diminution des dépenses publiques, mais essentiellement l’augmentation des recettes publiques, si on souhaite obtenir le maximum d’efficacité, en bridant le moins possible l’activité et l’emploi. Ce n’est pas là une affaire d’idéologie, mais d’analyse économique élémentaire, comme doit le savoir n’importe quel étudiant débutant en économie : cela s’appelle le théorème d’Haavelmo, du nom du prix Nobel norvégien, qui en a apporté une démonstration difficilement réfutable .
- En quatrième lieu, cette augmentation de la pression fiscale (qui n’est que le reflet de la socialisation de la production et du niveau de solidarité exprimé) doit absolument viser en priorité les revenus épargnés plutôt que consommés. Là encore, ce n’est pas affaire d’idéologie, ni de préférences politiques : si l’objectif premier était de lutter contre l’inflation, c’est du seul point de vue économique exactement le contraire qu’il faudrait mettre en œuvre. La principale objection qui peut être formulée contre cette proposition de taxer prioritairement l’épargne et les hauts revenus réside dans le risque de fuite de l’épargne à l’étranger. Outre que l’argument désigne le degré de patriotisme de ceux qui le privilégient, il faut distinguer sérieusement la zone euro et le reste du monde. Pour les 17 pays de la zone, soumis peu ou prou à la même problématique générale (comment contrôler les déficits, sans s‘enfoncer d’avantage dans la dépression), il serait évidemment souhaitable qu’ils adoptent cette même politique, susceptible de leur valoir le soutien de la majorité de leurs concitoyens, qui ne seraient pas touchés par ces mesures. Dès lors, le risque de fuite des capitaux apatrides devrait se faire vers l’extérieur de la zone euro, ce qui devrait avoir des effets sur la parité de l’Euro, sans doute limités, mais bénéfiques sur le commerce extérieur et donc l’emploi dans les pays de la zone .
Finalement, la pertinence politique de moyen terme d’une réduction progressive et socialement acceptable des déficits, rejoint la question stratégique de long terme de réduction des inégalités en Europe et dans le monde, laquelle est absolument nécessaire , si on veut que la masse des consommateurs, et notamment les plus pauvres, aient un pouvoir d’achat suffisant et que les entreprises, particulièrement les plus petites, qui dépendent des marchés locaux, aient la volonté d’investir.
Mais pour cela, il faut d’abord remettre les scorpions dans leur boîte et se débarrasser une seconde fois de Pierre Laval.
Domi Taddei
1 Sa source semble bien se situer dans les décisions politiques et administratives chinoises, qui semblent parfois inquiéter ses propres initiateurs.
2Traduction française, Edition LLL, Paris, février 2010
3Celle-ci vient de promettre « d’accélérer, durant l’été, les discussions entre les pays membres » contre les formes les plus scandaleuses (« les achats à nu », où on spécule sans risquer un seul euro), et cela après 3 ans de crise !
4Aucune société ne peut fonctionner sans loi : ceux qui dénigrent celles de la politique font nécessairement le jeu des affairistes et des maffieux
5Portugal, Italie, Grèce et Spain sont donc des cochons !
6Pour les pays les plus endettés, tels la Grèce, la renégociation d’ensemble de la dette peut être une solution finalement plus rassurante que les paris stupides auxquels on soumet le pays.
7 Et non pas le déficit budgétaire annuel, qui offre une garantie en trompe l’œil, comme le démontrent cruellement les exemples espagnols et irlandais, excédentaires avant la crise et bien plus menacés que la plupart des autres pays de la zone, ayant connu un plus fort déficit budgétaire (la France, notamment)
8 Nous nous permettons de renvoyer à notre rapport devant le Conseil Economique et Social de 2003, qui avait été voté par 137 voix contre 3 et 32 abstentions… Journal Officiel, CES N° 2003-20
9 Une diminution de 100 des dépenses réduit d’autant la demande globale déjà déficiente. Par contre, une hausse des impôts réduit moins celle-ci, car les contribuables ne consomment pas 100% de leur revenus nets. Evidemment ce dernier argument est d’autant plus vrai qu’on prend en compte notre quatrième préconisation.
10 Il existerait alors plusieurs effets de sens contraire, limitant l’effet global net.
11 Bien entendu, cette réduction des inégalités au bénéfice des facteurs fixes (le travail) et au détriment des facteurs mobiles (le capital, qu’il soit financier, relationnel ou culturel) suppose bien d’autres mesures concernant en priorité le contrôle des mouvements de capitaux, particulièrement de court terme, suivant les politiques de l’Inde ou du Chili, ainsi que les conditions d’un commerce loyal, écartant toutes les formes de dumping,
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| Développement et nouvelle corsitude |
| Depuis près de 50 ans, la Corse change, très vite, plus vite sans doute qu’elle ne l’a jamais fait, plus vite que la plupart des autres régions proches, françaises ou non, riveraines de la Méditerranée occidentale . Un article de Dominique TADDEI.
| Car la Corse attire : les touristes dont on critique justement la concentration dans le temps et dans l’espace ; mais aussi les retraités , Corses ou non Corses ; mais également la population active, plus française d’ailleurs qu’étrangère, et provenant surtout de Provence Alpes, Côte d’Azur et d’Ile de France, régions qui étaient jadis les premières destinations des émigrés corses .
C’est que la Corse dispose d’atouts exceptionnels dans le monde d’aujourd’hui et de demain. : le soleil, la mer, sa position géographique, son environnement, certes menacé, mais qui demeure sans doute le moins abîmé de toute cette région du monde.
Notre croissance démographique et économique, indéniable sur un plan quantitatif, fait qu’on ne peut plus parler d’un « pays qui se meurt », ni même d’un pays sous développé , même s’il en conserve bien des stigmates.
Mais, d’un point de vue qualitatif, de quel développement s’agit-il jusqu’à présent ? Si on laisse se poursuivre les tendances passées, pire si on les encourage, comme le proposait le projet de PADDUC « à 18 trous », que la société civile a victorieusement combattu, ce type de développement n’est certainement pas durable.
Le mal développement de la Corse n’est pas durable
Il n’y a pas, en Corse, de développement durable, ni sur le plan environnemental, ni sur le plan social, ni sur le plan démocratique, ni sur le plan culturel.
Le mal développement actuel n’est pas durable sur le plan social et éthique. Il en est certes de même partout ailleurs dans le monde, mais il se manifeste dans notre île de manière spécifique, attisant des contradictions sociales souvent pires qu’ailleurs :
- Les inégalités de revenus et encore plus de patrimoines se creusent. Toutes les statistiques et toutes les enquêtes le montrent, sans parler de leur face inavouable, mais cependant de plus en plus visible. On pourrait d’ailleurs construire des indicateurs « identitaires » pour les mesurer : ainsi, la corrélation existante entre d’une part, la longueur des yachts e/ou le nombre de Porsches et, d’autre part, la longueur des files d’attente au Pôle Emploi et aux Restaurants du cœur !
- La précarité ne cesse de s’étendre, entraînée par 4 circonstances aggravantes qui se conjuguent dans notre île : premièrement, une hyper-spécialisation dans des secteurs d’activité (cafés-hôtels-restaurants ; BTP), où, comme partout, le droit du travail est particulièrement faible. Deuxièmement, la prépondérance écrasante des très petites entreprises qui facilite, ici comme ailleurs, les situations de non droit. Troisièmement, la sur-exploitation de la main d’œuvre étrangère, qui en vient à défier tout notre supposé humanisme. Quatrièmement, la saisonnalité entraînée par la concentration touristique.
- Enfin, on aura garde de ne pas oublier la régression de la plupart de nos services publics, notamment dans le milieu rural, c'est-à-dire la plus grande partie de notre territoire, avec une mention toute particulière pour les carences dans le domaine sanitaire et celui des logements sociaux.
Cet ensemble grandissant d’injustices n’offre trop souvent à notre jeunesse, particulièrement aux jeunes filles, pourtant plus diplômées que la moyenne, trop souvent que le choix entre l’exil et une « nouvelle domesticité » .
Le mal développement actuel n’est pas durable sur le plan écologique :
Ceci résulte d’abord d’une contradiction qu’on ne peut feindre d’ignorer : vouloir se développer grâce à un territoire « préservé » complique inéluctablement cette préservation : quoi de plus artificiel, ou du moins volontariste, que l’extension de « réserves naturelles » ? Mais, en plus de ces difficultés universelles, nous avons, ici encore, nos propres contradictions :
- L’aggravation du dualisme entre deux Corses : d’un côté un littoral, en voie de « bétonnisation » croissante : comment ne pas faire aujourd’hui ce que les Baléares prétendent maintenant défaire ? De l’autre, une désertification croissante de tout l’intérieur de l’île, dès lors qu’on s’éloigne de plus de plus de 10 kilomètres de la côte.
- La multiplication de grands travaux, souvent plus spectaculaires qu’efficaces pour notre bien commun. N’est-il pas temps d’engager une renégociation transparente du P.E.I., avant que tous les espoirs et les financements ne disparaissent dans un tunnel (de préférence ferroviaire) ?
La tendance générale à un « déménagement du territoire », à travers son mitage accéléré, près des villes côtières et le long des principaux axes routiers, pose crucialement la question de la maîtrise citoyenne du foncier, également décisive pour la préservation d’une agriculture de qualité.
Face à ces contradictions croissantes, il existe en Corse, peut être plus encore qu’ailleurs, une prise de conscience collective de la nécessité d’une transformation radicale de nos modes de production, de transport et de communication, débouchant sur plus d’identité et plus de proximité. Mais cette prise de conscience se heurte encore aux intérêts immédiats des promoteurs immobiliers et des grandes surfaces, de même qu’aux énergivores inconscients, adeptes des piscines privées, des 4x4 et de la « clim ».
C’est pourquoi, la société civile, en liaison avec l’université, devrait prendre l’initiative de la rédaction d’un nouveau PADDUC, à partir de la base : c'est-à-dire tout à la fois à partir des citoyens actifs, mais aussi à partir des territoires pertinents. C’est ce qui a conduit le nouveau Forum des Citoyens Actifs de Balagne (FCAB) à se lancer dans un projet de Paddub (Balagne), qui a vocation à s’articuler avec tous les autres, qui pourraient être élaborés dans l’île.
Le mal développement actuel n’est pas durable sur le plan démocratique :
Tout n’est cependant pas de la faute de Paris, Bruxelles et Wall Street, unis dans on ne sait quelle conjuration contre la « pauvre Corse », pour reprendre l’expression favorite des auteurs du XVIIIème siècle ! La pulitichella, a l’usu corsu, demeure, plus que les chèvres, et autant que les incendies, une des plaies majeures de l’île. Ce qui est sans doute plus nouveau est que la perpétuation de ces mœurs politiques exaspère un nombre croissant de nos compatriotes ! Ainsi, les palinodies actuelles des trois grandes familles politiques interdisent tout débat sérieux sur les urgences, les programmes à 4 ou 5 ans, ou les perspectives à plus long terme. Adeptes du bel canto, la plupart des élus ne s’intéressent qu’à la musique de leurs propos, manifestement peu sensibles au vide de leurs paroles.
Le fait est que le clientélisme règne plus que jamais : l’ancien consistait à intercéder pour obtenir des faveurs à Paris, mais aujourd’hui les caisses y sont vides (enfin, pas pour tout le monde…). Dès lors, le nouveau clientélisme repose sur une pratique autocratique de la décentralisation, multipliée par la confusion des fonctions et l’accumulation des mandats, qui assure la réélection automatique de la plupart des sortants pendant toute une vie et au-delà durant trois ou quatre générations successives : c’est l’hérédité républicaine que préserve l’absence de contenu politique.
La démocratie demeure une idée neuve en Corse . Sa concrétisation exige de mettre en œuvre parallèlement :
- une démocratie participative et délibérative, sur le modèle de Porto Alegre (mais aussi de Berlin et d’ailleurs), mais adaptée à nos qualités relationnelles propres, et qui devrait être de la responsabilité collective de tous les citoyens actifs de cette île.
- une démocratie plus représentative, dont les mesures principales sont simples à énoncer, mais qui représentent autant de combats pour la démocratie : stricte parité femmes-hommes à tous les niveaux (y compris exécutifs), ce qui impose la généralisation des scrutins de liste ; droit de vote et éligibilité des immigrés extra-communautaires ; interdiction du cumul des fonctions parlementaires et locales ; limitation du cumul des mandats ; élection au suffrage direct des communautés de communes…
On rappellera enfin qu’il n’y a aucune difficulté à la mise en œuvre de telles mesures et qu’il suffit pour le faire de bien vouloir utiliser l’actuel statut particulier !
Le développement actuel n’est pas durable sur le plan culturel :
Sans doute, dans ce domaine, le bilan est-il plus contrasté :
- S’appuyant sur la riacquistu, la Corse connaît une véritable renaissance artistique, qui s’étend à une partie croissante de notre patrimoine, matériel et immatériel.
- Mais, dans le même temps, malgré tous les efforts entrepris, la pratique quotidienne de la langue corse poursuit sa régression ;
- L’influence des médias, anciens et nouveaux, américanisés, s’étend ;
- malgré tous les efforts de l’université, l’enseignement supérieur et la recherche sont encore en retard de développement, par rapport à nos voisins et par rapport à nos besoins.
Globalement, si on prend une définition anthropologique de la culture, la Corse est menacée d’une acculturation irréversible. Ce n’est évidemment pas une raison pour se complaire dans la nostalgie trop facile d’un âge d’or, qui n’a jamais existé, ni chez nous, ni ailleurs. Au rebours, la Corse et sa société civile doivent combattre le « mal développement », avec leur génie propre, capable de créer une alliance inédite entre valeurs ancestrales et modernité. Ceci est possible si l’ensemble de ceux qui vivent sur cette île et partagent une communauté de destin, inventent tous ensemble une nouvelle corsitude. En d’autres termes, il s’agit de pouvoir répondre à une question difficile :
Comment peut on être corse ?
La renaissance corse, c'est-à-dire un développement durable fondé sur la construction collective d’une nouvelle corsitude, sera multi-dimensionnelle ou bien elle ne sera pas : elle sera culturelle, mais aussi démographique avec sa composante migratoire et les métissages qu’elle implique, économique, sociale, écologique, politique, etc. : l’affirmation de la corsitude, comme processus politique (au sens large) débouche donc sur une stratégie de transformation générale de la société insulaire qu’il s’agit d’envisager, puis de mettre en oeuvre collectivement. Cette stratégie dessine des perspectives à long terme qu’il nous faut démocratiquement élaborer avec toutes les forces sociales, culturelles et politiques insulaires qui pensent que la politique française d’alternance (depuis un quart de siècle), toujours conduite par les mêmes « élites républicaines », au nom des mêmes intérêts (surtout financiers), pas plus que la pulitichella (depuis presque toujours), ne pourront le faire par elles-mêmes.
L’enjeu, c’est que la population, croissante, de cette île exerce pleinement son droit à la différence et aux différences en son sein, et invente une corsitude pour les décennies à venir, une corsitude qui devra être sociale, écologique, citoyenne, anti-discrimination (qu’elle soit de provenance, de religion ou de sexe) et alter-mondialiste (et par conséquent alter-européenne).
Cette démarche n’est pas celle de la facilité. Elle renvoie à la question soulevée, dès 1721, par Montesquieu, le premier philosophe des Lumières et un des pères de la démocratie contemporaine : comment peut être persan ? Autrement dit, comment peut on être corse au XXIème siècle ? Au delà d’une langue et d’une mémoire collectives, si difficiles à sauver, il ne suffit pas de l’exprimer de façon provocante, en précisant : peut-on encore être corse, si on extirpe, concrètement, au-delà des mots, le racisme et la xénophobie, la violence et le machisme, le clanisme et le clientélisme ? Si on n’a pas le courage d’apporter des réponses concrètes aux questions d’actualité, qui permettent de répondre aux principales déclinaisons de ce questionnement :
* Que reste t’il de corse, quand on a extirpé le racisme et la xénophobie ?
Nous savons maintenant que l’interjection Fora, taguée dans toute notre île, nous a fait marcher sur la tête, en ce qu’elle se présentait comme une volonté d’expulsion violente des « autres ». Nous devons la remettre sur ses pieds, comme le propose courageusement la revue de ce nom, lancée par quelques jeunes intellectuels insulaires. Nous devons pouvoir affirmer que la renaissance de l’identité corse, la corsitude de demain, passeront nécessairement par le dialogue et parfois par l’hybridation des civilisations et des cultures. Mais ses belles et nécessaires déclarations doivent se concrétiser dans les dossiers concrets de l’heure. C’est pourquoi je mentionnerai ici deux questions qui fâchent, parce que le consensus mou est le principal risque de paralysie de la société civile :
La politique de l’Union européenne vis-à-vis de la Méditerranée.
Au-delà de l’évidente géographique (la Corse est au milieu de la Méditerranée) se pose la seule question qui vaille : comment faire pour qu’elle soit au cœur de celle-ci ? Or, il faut admettre qu’il existe à cet égard deux stratégies manifestement antagonistes :
.) celle, néo-colonialiste, de l’Union euro-méditerranéene, du processus de Barcelone et de N. Sarkosy, qui a pour principale fonction de faire de l’argent, en évitant toute intégration entre des pays et des peuples égaux en droit et en fait.
..) celle, progressiste, d’une Union Européenne et Méditerranéenne, par l’entrée progressive de tous les pays demandeurs dans l’actuelle Union. Pour que les choses soient claires, il s’agit, en priorité de la Turquie et du Maroc, en attendant d’ici 10 ou 20 ans, Israêl et la Palestine et les autres pays du Maghreb. Utopiste ? Mais qui pensait 20 ans plus tôt, du temps de Brejnev, que les pays Baltes, membres de l’Union Soviétique, deviendraient, sans tirer un coup de fusil, membres de l’Union européenne ? Et, pour les corses de demain, existe t’il de meilleures perspectives, s’ils veulent être effectivement au cœur de la Méditerranée, et particulièrement entre le Maghreb et l’Europe du sud. Mais, bien sûr, pour que cette perspective fasse réellement sens pour l’ensemble des intéressés, encore faut-il que notre comportement actuel, à commencer par celui des plus hautes autorités , permette :
- Les droits de vote et d’éligibilité pour tous les résidents extra-communautaires.
Ceci concerne dans notre île au premier chef les Marocains. Cette citoyenneté de résidence, réclamée dans toute l’Europe par de très nombreuses associations de la société civile, devrait être accordée, après 3 années de présence dans l’île, car tout le monde a bien compris que ceux qu prônent des durées beaucoup plus longues s’inscrivent par là-même dans des processus d’exclusion civique. Bien au contraire, de quelle démocratie parle t’on, si 10 à 20% des habitants de cette île sont exclus des droits civiques, y compris pour les élections professionnelles ? Ne sommes pas en train de générer un apartheid de fait ?
* Que reste t’il de Corse, quand on a extirpé la violence ?
Peut-on collectivement expliquer à nos compatriotes et, en particulier, aux plus jeunes d’entre eux, que la désobéissance civile peut être légitime ? Mais qu’elle doit alors refuser de le faire clandestinement, sur le modèle colombien, mais avec le visage découvert de Gandhi ou de Mandela. Aucun de ceux qui prétendent exercer des responsabilités ou, du moins une influence dans cette île, ne devrait, après plus de trente ans de drames, alors que le grand banditisme fait sans cesse la une de notre quotidien, continuer de tenir des discours ambigus à cet égard. Mais, comme l’ont démontré les femmes corses, à travers des prises de position publiques exemplaires, cela ne va sans doute pas sans répondre à une troisième question :
* Que reste t’il de Corse, quand on a extirpé le machisme ?
En fait, la lutte séculaire pour la parité entre les sexes, désormais gagnée sur le plan de la Constitution se poursuit partout ailleurs. Nous sommes pourtant à une époque où l’on prétend s’acheminer vers une société de la connaissance. Or, les enseignants vérifient tous les jours que le niveau moyen d’éducation des femmes dépasse de plus en plus nettement celui des hommes. Pourtant, le combat pour la parité concrète continue. D’abord dans les foyers, dans la lutte contre les violences conjugales, bien sûr, mais bien plus largement dans la division sexuelle des tâches ménagères. Dans la société civile elle-même, dont le Forum devrait éviter de proposer un ordre du jour dont les 10 principales responsabilités sont confiées à des hommes : on se croirait au Conseil Général ou, pire, dans une enceinte religieuse ! Ce combat pour la parité est évident contre les projets de réforme territoriale, dits Balladur, qui, derrière le retour à un scrutin à 80% uninominal, s’apprêtent à revenir à moins de 10% de femmes dans les futures assemblées ! Face à cette formidable régression, il faudrait qu’au-delà de cette journée se créée, toute tendance politique confondue, gauche et droite, nationalistes et jacobins, un comité pour la parité électorale, qui exigerait des pouvoirs nationaux et territoriaux l’adoption d’une loi électorale garantissant celle-ci au niveau régional et départemental, tant au niveau des conseils que des exécutifs. Sinon, la démocratie dont nous parlons n’aura pas seulement refusé le droit de vote de vote à 20% d’étrangers, elle aura de fait retiré le droit à l’éligibilité à plus de 50% des citoyens, qui sont des citoyennes ! Ce sera alors une démocratie réduite à moins de 40% des adultes vivant dans l’île, parmi lesquels un nombre croissant d’abstentionnsites.
* Que reste t’il de Corse, quand on a extirpé le clanisme et le clientélisme ?
Une formidable capacité relationnelle, la richesse de nos relations interpersonnelles, voici sans doute la principale vertu qu’on nous envie sur le continent et ailleurs dans le monde. Mais cet esprit de coopération, tirée de notre géographie et de notre histoire, cette capacité de faire vivre une société fondée sur la réciprocité, cette prédisposition à une économie de services et de réseau, qui est à l’évidence l’avenir de l’humanité, peut dans notre île se révéler la pire ou la meilleure des choses. La pire, quand elle s’organise de façon hiérarchique, sous la forme ancestrale du clan et, celle, à peine plus moderne, du néo-clientélisme, qui prétend se légitimer sur une décentralisation, dont on a vu qu’elle débouchait sur des pratiques autocratiques. Depuis 30 ans, tous les nouveaux candidats la dénoncent, avant de la perpétuer à leur tous, s’ils deviennent califes à la place du calife ! La solution est pourtant, on l’a vu, d’une extrême simplicité : il suffit, comme dans tous les autres pays européens, d’interdire le cumul des fonctions exécutives et parlementaires, à la fois dans l’espace et de la limiter dans le temps à deux mandats.
* *
Aujourd’hui, à tous les niveaux, au niveau mondial, comme au niveau insulaire, en passant par les niveaux européens et français, nous sommes, confrontés à une crise systémique. Celle-ci nous oblige désormais à penser en termes de transformation et non pas seulement en termes de réformes ; elle nous contraint à agir en termes d’alternative et non plus seulement d’alternance. De même que la société civile a su, dans le monde entier, générer un mouvement altermondialiste, il devient indispensable qu’ici même, société civile et intellectuels, sachent susciter un alter-corsisme : son ambition ne peut être médiocre, elle est que la nouvelle corsitude puisse, comme le fit, il y a deux siècles, l’ancienne, à son tour étonner le monde !
Domi Taddei
notes bas de page
1Le signe le plus incontestable est la complète inversion du flux migratoire, à partir de la fin de l’empire colonial : en 50 ans, la Corse a retrouvé le niveau de population qu’elle avait perdu en 70 ans, depuis la fin du XIXème siècle.
2 Si un touriste demeure en moyenne 10 jours, un retraité représente en moyenne 35 touristes, sans aucun pic de saisonnalité : on est bien ici en présence d’une « économie présentielle ».
3C’est pourquoi la part des « réémigrants », Corses d’origine, de première, deuxième ou troisième génération, reste à étudier, comme elle l’a été en Espagne et au Portugal, où une même inversion migratoire s’est produite durant la même période.
4 Le revenu par tête se rapproche aujourd’hui de la moyenne des autres régions françaises de province, même si on ne tient pas compte de la part de « l’économie souterraine », qui dépasse vraisemblablement cette moyenne.
5 Suivant la formule d’André Gorz, visant particulièrement les condtions d’exercice de gré à gré des emplois de proximité.
6 Sans doute, existait-elle il y a deux siècles et demi, au temps de la Révolution anti-génoise. Mais, il s’est passé entre temps beaucoup de choses. Est-il trop cruel de rappeler que Napoléon le petit, suivant le mot de Victor Hugo, a vu plébisciter en Corse son coup d’état militaire par 99,9% de nos compatriotes, le 2 décembre 1851 ?
7 ce sujet, on rappellera que la « citoyenneté de résidence » (en tant que modalité du droit du sol) est une bonne chose dans son principe. Mais dans sa pratique, elle devient, telle la langue d’Esope, la meilleure ou la pire, suivant les modalités qu’on en fait : portée à 10 ans, c’est une disposition xénophobe, qui prive de citoyenneté le nouvel arrivant (même Corse, parti quelques années sur le continent ?) pendant une décennie ; limitée à 3 ans (pour éviter les manœuvres d’inscription), il s’agit incontestablement d’une mesure progressiste d’intégration, déjà réclamée par de nombreux mouvements civiques en Europe, sous le nom de « citoyenneté européenne de résidence ». Mais l’ambiguïté entre les deux n’est guère tenable : entre extrême droite et extrême gauche, il faut savoir choisir !
8Deux mandats successifs » est généralement considéré comme une disposition raisonnable. Peut être, dans le cas de quelques familles insulaires, faudrait-il l’étendre à quatre générations ?
9 Ce texte a été rédigé avant que le débat irresponsable sur l’identité nationale ait pris la forme nauséabonde que l’on sait. Ne voulant pas modifier, pour des raisons déontologiques, notre texte communiqué au colloque de
10, nous nous contenterons d’y ajouter que les propos tenus depuis lors sur les minarets sont pour nous l’exact contraire de ce qu’il convient de faire et de dire.
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| Au-delà de la relance et de la régulation économiques, la géopolitique |
| Rien n’est plus stupide en apparence que le clivage apparu dans la préparation du G 20 de Londres entre supporters, anglo-saxons, de la relance, et partisans, Allemagne et France en tête, de nouvelles régulations : non seulement, parce qu’il vaut mieux avoir deux jambes pour marcher, mais surtout parce qu’aucune des deux démarches ne peut réussir sans l’autre.
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Supposons une relance aussi massive qu’on voudra, dans le cadre d’une dérégulation néo-libérale inchangée, si ce n’est de façon cosmétique : sans doute les sommes astronomiques injectées seront dépensées une fois, freinant d’autant la chute de la demande mondiale, c'est-à-dire de tous les pays et de presque tous les secteurs d’activité. Mais aucun effet multiplicateur, base de la théorie de Keynes, ne pourrait se produire : les entreprises bénéficiaires de ces commandes n’iraient certainement pas, pour autant, se lancer dans une nouvelle vague d’investissements, facilitant la « divine » reprise de la croissance ! Car leur défiance actuelle ne repose en rien sur un soudain pessimisme irraisonné, mais sur le fait qu’après en avoir bénéficié, souvent de manière éhontée, ils ont déjà payé, et pour certains très cher, leur confiance longtemps aveugle, dans l’ancien système délabré. Rationnellement, ils se dépêcheraient donc de mettre les recettes provenant des dits « plans de relance » (qu’il vaudrait mieux appeler plans de sauvetage), à l’abri (dans des bons du Trésor, l’or ou le foncier), et l’activité mondiale s’enfoncerait de plus en plus dans une dépression du type des années 30 ou du Japon des années 90. Or, l’opération de relance massive ne pourrait être indéfiniment renouvelée, même en supposant une connivence des banques centrales en faveur d’une création monétaire illimitée. Il n’y a qu’un seul tabou en matière de dette publique, c’est d’arriver au moment où celle-ci devient incontrôlable, parce que l’on ne peut emprunter assez pour rembourser les dettes pré-existantes : das la plupart des pays européens, nous en sommes encore éloignés, mais au rythme actuel, nous n’avons que peu d’années devant nous. Autrement dit, la vulgate keynésienne, brutalement redécouverte par les pays anglo-saxons, relève évidemment des conditions nécessaires (encore faudrait il choisir des dépenses sociales écologiques suffisamment justes et efficaces, pour avoir un minimum d’efficacité), mais ne constitue en aucun cas une condition suffisante.
De son côté, le catalogue de nouvelles régulations proposées notamment par les pays d’Europe continentale peut paraître relever des meilleurs intentions, même si, quand on observe le passé encore récent de ceux qui le prônent, il paraît relever de ces paroles d’ivrognes qui, une fois dessoulés, ne se souviennent même plus des promesses extravagantes prononcées en plein crise. Vraiment Berlusconi, Sarkozy et Barroso, pour n’en citer que trois, seraient donc les apôtres de la future soumission des marchés ? Au demeurant, incapables de s’entendre entre eux sur un minimum de régulation crédible de la zone euro, quelle est leur autorité politique, c'est-à-dire intellectuelle et morale, pour faire valoir une régulation mondiale crédible ? A part envahir Andorre (c’est le co-prince qui serait surpris), le Lichtenstein et peut être la Suisse, c’est un remake de « la souris qui rugissait » qu’ils proposent au reste du monde. Mais supposons même que les anglo-saxons, et plus précisément Wall Street et la City se laissent convaincre de la nécessité de régulations internationales, qui leur ferait perdre de fait le rôle hégémonique dans l’accumulatoin financière mondiale, comment espèrent-ils que la demande privée puisse durablement repartir en l’absence d’une forte relance des commandes publiques , vis-à-vis desquelles ils adoptent un comportement de passagers clandestins, chacun comptant bénéficier des commandes du voisin ? Le seul argument de Madame Lagarde (« la remontée des stocks, d’ici à quelques mois ») révèle un nouveau sommet inconnu d’incompétence. Bien entendu, il faut de nouvelle règles, plus audacieuses que celles qu’ils proposent – nationalisation partielle des entreprises renflouées, avec entrée au conseil d’administration des représentants de l’Etat et des syndicats, de telle sorte que la privatisation des pertes puisse préparer une éventuelle nationalisation des gains : là, il y aurait effectivement une véritable « refondation du capitalisme »… -, mais il faut aussi une relance sociale et écologique sur laquelle l’Union européenne est très en retard sur la Chine et les Etats-Unis.
Dès lors que les deux stratégies tronquées qui s’opposent ont toutes les chances de déboucher aujourd’hui, au sommet du G20 ou ailleurs, sur un accord (car il en faut tout de suite, sous peine d’une nouvelle aggravation du dévissage), basé sur les plus petits dénominateurs communs : le minimum de régulation consenti par les anglo-saxons versus le minimum de relance accepté par les européens, le tout assorti de la promesse de faire mieux lors du prochain sommet, à la fois parce qu’il faut faire bonne figure sur la sempiternelle photo de famille et par ce qu’en bonne politique, il ne faut jamais insulter l’avenir, surtout par les temps qui courent,… de plus en plus vite.
En réalité, il faut bien comprendre que le retard tragique pour les millions de victimes, qui sont les mêmes que ceux des années de la folie spéculative, pris sur un nécessaire changement de paradigme repose sur des difficultés subjectives faciles à comprendre – in fine, les dirigeants actuels vont devoir se soumettre ou se démettre – et objectives, qui méritent une analyse plus approfondie, car ces dernières posent la question du futur ordre mondial et des stratégies réalistes qui peuvent y conduire.
Une nouvelle donne mondiale
Le principal point commun aux tenants des deux stratégies est le rôle qu’on s’apprête à faire jouer au Fonds Monétaire International (FMI), et plus généralement aux institutions financières internationales (IFI). Ceci est nécessaire pour les tenants de la relance, parce qu’en dehors des 4 grandes zones monétaires (dollar, euro, yuan et yen) le reste du monde ne dispose pas de moyens de financement autonome : toute politique de fuite en avant les conduirait à l’effondrement de leur monnaie et à la banqueroute. Outre la question politique et éthique que cela poserait, il y a depuis quelques semaines, la prise de conscience que des relances, même continentales, ne peuvent réussir dans un contexte d’effondrement d’une autre partie du monde pour des raisons qui ne sont pas seulement économiques. Il faut donc augmenter au plus vite les moyens d’intervention du FMI, qui sont déjà presque épuisés avec les quelques sauvetages déjà mis en œuvre ces derniers mois en Europe (de l’Islande aux pays de l’est) et en Afrique, notamment. La mesure d’urgence la moins compliquée est celle de la vente d’une partie du stock d’or du FMI (un huitième, début mars) : poursuivre celle-ci ne soulève aucune autre difficulté que d’éradiquer ce qui reste de « métalliste » dans la tête des conservateurs américains, qui ont ici 100 ans de retard sur Lénine !
Mais cet expédient utile ne permettra évidemment pas de financer la relance dans le reste du monde, hors des grandes zones énoncées ci-dessus : quid des masses nécessaires, s’il s’agit de renflouer le Royaume Uni, décidément mal en point, sans parler des plans de développement humain et de sauvegarde environnemental, bien identifiés par les organismes internationaux du système des Nations unies et les ONG ? C’est ici que la création de Droits de Tirages Spéciaux, c'est-à-dire d’une monnaie mondiale immédiatement disponible, apparaît comme la seule mesure susceptible de financer une relance réellement orientée vers le développement durable et les populations les plus défavorisés. De plus, son rôle d’alerte dans les politiques macroéconomiques serait renforcé et le caractère anti-social des conditions de ses prêts serait aboli.
Encore faut-il redéfinir les structures de pouvoir de l’ensemble du système financier international et, concrètement que les USA acceptent de renoncer à leur hégémonie, pour la remplacer par un véritable multilatéralisme équilibré, en particulier vis-à-vis des pays émergents : pour l’instant, B. Obama a admis que la réforme prévue du FMI soit avancée. Mais, évidemment, ceci ne préjuge pas un seul instant de la nature et de l’ampleur des réformes qu’il pourrait accepter dans le domaine économique comme dans d’autres et, encore moins de celles qu’il pourrait faire ratifier par le Congrès américain. On ne doit jamais oublier qu’au lendemain de la première guerre mondiale le Président américain Wilson, initiateur de la Société des Nations, n’a jamais pu en obtenir la ratification par son Congrès, ce qui a favorisé la montée des mouvements d’extrême droite dans la décennie suivante, ou, du moins garder présent à l’esprit ce formidable paradoxe de la puissance américaine : une hégémonie mondiale, conduite par des élus provinciaux. Et, puis, dans l’histoire universelle, il n’y a guère d’exemple qu’une puissance impériale accepte sans heurt de passer du leadership au partnership…
Quoiqu’il en soit c’est, au lendemain du G20 de Londres, bien plus que pendant celui-ci, que la nature profondément géo-politique de la crise de la mondialisation financière va commencer à apparaître au grand jour.
Domi Taddei
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| Une régulation mondiale légitime et efficace.Un article de Dominique TADDEI |
| Face à la crise de la mondialisation, caractérisée par l’hégémonie US et l’accumulation financière, quelle issue ?
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Celle-ci ne doit pas être le retour à un fractionnement du monde, évidemment lourd des pires conflits. Les drames humains, les urgences écologiques et les risques géo-militaires, nous le rappellent dramatiquement tous les jours : nous n’avons qu’une seule planète, dont nous sommes tous solidairement responsables. C’est pourquoi, l’altermondialisme n’est pas un anti-mondialisme, mais l’actualisation permanente du vieil internationalisme humaniste d’un Jaurès : il en partage les valeurs fondamentales, mais il ne considère ni la nation, ni aucune autre sorte de souveraineté comme pertinente pour réguler l’emboîtage de communautés de vie et de destin, qui forment autant de communautés politiques différenciés, de la planète jusqu’au quartier et au village.
Elle ne peut espérer, à un horizon crédible, la mise en place d’un gouvernement planétaire, dont l’utopie humaniste est hors de portée, même si nous ne devons pas cesser de promouvoir l’idéal d’une citoyenneté mondiale. Par contre, à défaut de convaincre toutes les puissances et toutes les consciences de faire « du passé, table rase », on peut espérer (devant les risques d’éclatement de crises en tout genre), peut être plus vite qu’on ne le croit parfois, constituer une large alliance pour proposer une nouvelle régulation mondiale, légitime et efficace. Celle-ci devrait s’appuyer sur la Charte des Nations Unies, la Déclaration Universelle des droits de l’homme et les valeurs essentielles de paix, de solidarité internationale, de développement durable et de diversité culturelle, en s’appuyant sur tous les efforts sincères de coopération mondiale et régionale, menés depuis 60 ans. Pour cela, les institutions existantes ne doivent pas être niées dans leur principe, car elles ont vocation à créer les conditions d’une régulation concertée et anti-hégémonique des grands problèmes mondiaux. Mais, elles doivent être aujourd’hui critiquées, sans relâche et sans complaisance, pour leur absence ou leur insuffisance de légitimité et, par là-même d’efficacité, ce qui suppose, moins leur disparition que leur transformation.
Il faut donc que le mouvement altermondialiste sache convaincre la conscience universelle, qu’entre régression et utopie, il est possible de définir une autre régulation mondiale, à la fois légitime et efficace, compte tenu de ce que l’efficacité ne pourra résulter que de sa nouvelle légitimité, fondée sur la promotion des droits humains et des libertés. Cette nouvelle régulation ne peut reposer que sur une stratégie de transformation des institutions existantes. Mais, en même temps, elle est toute autre chose qu’une simple addition de réformes ponctuelles, qui seraient l’affaire de technocrates et d’experts internationaux, et elle a besoin, pour réussir, de la participation du plus grand nombre des citoyens du monde, de leurs mouvements sociaux et culturels, de leurs organisations syndicales et de leurs élus légitimes, qu’ils soient nationaux ou locaux. Ce sont, eux tous, qui doivent s’emparer, en toute circonstance désormais, des principes essentiels d’une nouvelle régulation mondiale, légitime et efficace, et de toutes les conséquences qui en découlent.
Cette nouvelle régulation pourrait reposer sur 10 principes essentiels, dont découlent autant de conséquences concrètes :
1) Les institutions économiques, financières et commerciales sont subordonnées aux instances politiques légitimes.
Conséquences concrètes : L’intégration des institutions économiques mondiales (FMI, Banque Mondiale, OMC, BRI, OCDE), dans le système des Nations Unies, doit être effective. Ceci signifie le respect de leur Charte, de la Déclaration Universelle ; des procédures de décision conformes (cf. infra) ; la définition de leur rôle et leur contrôle par les instances légitimes (Assemblée Générale et Conseils de Sécurité : cf. infra).
2) Ces instances assurent une répartition multilatérale équitable à tous les peuples du monde.
Conséquences concrètes : La création d’un Conseil de Sécurité économique, social, culturel et environnemental (2 ESC, en anglais). Il serait composé de 10 membres renouvelables tous les 10 ans (dont 2 pour l’Afrique, 1 pour l’Amérique du Nord, 1 pour l’Amérique latine, 3 pour l’Asie, 2 pour l’Europe, et 1 pour et l’Océanie), comprenant les pays (ou groupements les plus importants de chaque continent) et de 15 autres membres, élus tous les 2 ans, par l’Assemblée Générale. Chaque membre représenterait un Etat ou un groupe d’états (tel que l’Union Européenne). Ce « 2 ESC » se substituerait aux différents clubs de pays riches du type G7, G8, G20 etc. Le PNUD, la CNUCED, la BRI et l’OCDE lui sont rattachées.
En cas de conflits entre les normes édictées par diverses agences spécialisées, le 2 ESC arbitre, après avis de l’assemblée économique, sociale, culturelle et environnementale (cf. infra).
Toutes ses décisions doivent être prises, suivant le principe de double majorité et à l’exclusion de tout droit de veto : elles ne sont validées que si elles sont adoptées par une majorité de ses membres, représentant la majorité des populations des pays membres, ce qui garantit un équilibre entre les pays les plus peuplés et les moins peuplés.
3) La société civile et les mouvements sociaux mondiaux doivent être associés de façon permanente à toutes les décisions des instances mondiales
Conséquences concrètes : La création d’une Assemblée économique, sociale, culturelle et environnementale, réunissant les représentants des organisations patronales, syndicales, culturelles (représentant les milieux artistiques et scientifiques) et environnementales, ainsi que les ONG humanitaires. Celles-ci devraient être obligatoirement consultées, avant toute décision de l’Assemblée Générale et des Conseils de Sécurité. Elle dispose d’un pouvoir d’initiative, pour demander à l’Assemble Générale et aux conseils de sécurité de délibérer sur toutes les questions qui leur semblent le justifier et des moyens d’études du PNUD, de la CNUCED et de l’OCDE.
4) La primauté de l’Assemblée Générale des Nations Unies
Conséquences concrètes : L’Assemblée Générale a seule pouvoir, pour édicter des normes et des recommandations, à son initiative, ou à celle de l’Assemblée économique, sociale et environnementale. Toutes ses décisions sont prises, suivant le principe de double majorité.
5) Régulation mondiale et séparation des pouvoirs
Conséquences pratiques : Les conseils de sécurité prennent toutes les décisions d’application, qui découlent des principes de la Charte et des résolutions de l’Assemblée Générale. De son côté, la Cour Pénale Internationale doit disposer d’une compétence universelle et obligatoire, englobant l’ensemble des tribunaux ad hoc, et d’une totale indépendance, à l’égard des autres instances mondiales, comme des états nationaux. Ses jugements sont assortis de sanctions, dont l’exécution relève, suivant les cas, de l’un et/ou l’autre des conseils de sécurité (opérations militaires et/ou sanctions économiques) ou d’une compétence universelle d’application des instances judiciaires de tous les pays membres.
6) Légitimité et cohérence de l’ensemble de la régulation mondiale
Conséquences pratiques : Le conseil de sécurité rapproche sa composition et son mode de décision de ceux du « 2 ESC », en vue de leur fusion. Les pouvoirs de sanction appartiennent aux deux conseils de sécurité, dans leur domaine respectif de compétences.
7) Le monopole de l’utilisation légitime des forces armées appartient à l’ONU :
Conséquences pratiques : L’ensemble des forces armées, mises à la disposition d’organisations internationales ou mondiales (Otan, casques bleus, etc.) sont regroupées et placées sous la seule responsabilité du conseil de sécurité des Nations Unies.
8) Le financement du développement durable est assuré par l’émission de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) et de taxes globales.
Conséquences pratiques : Le Fonds Monétaire International, agence spécialisée de l’ONU, applique les normes édictées par l’Assemblée Générale, ainsi que les décisions du « 2 ESC », prises après délibération de l’Assemblée économique, sociale, culturelle et environnementale. En particulier, il offre, par une émission suffisante de DTS, le financement de l’ensemble des projets de développement durable, ainsi que l’annulation de la dette des pays pauvres, en relation avec les banques régionales de développement. Il peut mettre en place une fiscalité sur les mouvements internationaux de capitaux, en particulier sur les plus spéculatifs et les plus déstabilisateurs d’entre eux, ainsi que sur les activités polluantes. Il contribue à une évolution raisonnée des parités monétaires, par une contribution équilibrée des pays excédentaires et déficitaires.
9) Les échanges de marchandises (biens et services) sont régulés dans une perspective de développement durable de la planète et de justice pour tous les peuples.
Conséquences pratiques : L’organisation mondiale du commerce est assurée par une agence spécialisée de l’ONU, qui exerce des compétences déléguées, et met en place, en tant que de besoin, des politiques régulatrices, afin que l’élargissement des échanges assure le développement des biens publics mondiaux, la souveraineté alimentaire et sanitaire de tous les pays membres, ainsi que leurs activités émergentes, de même que l’ensemble des missions assurées par les autres agences spécialisées : droit du travail, protection de l’enfance, préservation de l’environnement, action culturelle, etc..
10) Stratégie pour un développement planétaire durable
Conséquences pratiques : La préparation des délibérations environnementales, de portée mondiale, est faite conjointement par les deux assemblées générales. Après délibération de l’assemblée économique, sociale, culturelle et environnementale, les normes sont adoptées par l’assemblée générale. Le « 2 ESC » est chargé de leur mise en œuvre, avec l’ensemble des agences spécialisées (FAO, OMS, BIT, UNICED, etc). Il établit une fiscalité écologique sur les émissions de CO2 et les déchets nucléaires : le produit de celle-ci sert pour une part à indemniser les travailleurs pénalisés par cette fiscalité et pour partie à mettre en place des activités de substitution.
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| Mercredi 19 Novembre 2008 |
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| semaine de la solidarité internationale à BASTIA |
| salle polyvalente de lupino
Bastia à l'heure de la solidarité internationale | Collectif pour la semaine de la solidarité internationale à Bastia : LES PETITS DEBROUILLARDS/ASSOCIATION IDEES/A FRATELLENZA/COMITE CATHOLIQUE CONTRE LA FAIM ET POUR LE DEVELOPPEMENT/LE SECOURS POPULAIRE/ATTAC BASTIA/SLOW FOOD CORSICA/CORSICA-AMAP/FEMMES SOLIDAIRES/FORESTIERS SANS FRONTIERES/RESF
Evénement national de proximité, la Semaine de la solidarité internationale (15 au 23 novembre 2008) montre la diversité des engagements solidaires et des projets de développement. Les acteurs de la solidarité internationale partagent leur passion. Ils amènent un public très varié à s’informer sur les enjeux majeurs de la solidarité internationale : développement durable, promotion de la paix et de la non-violence, défense des droits humains, migrations, volontariat international, tourisme et finance solidaires, commerce équitable…
Des temps forts auront lieu à BASTIA les 21 et 22 novembre 2008 à la salle Polyvalente de LUPINO : ateliers scolaires, Déjeuners solidaires, fête avec stands des associations, dégustations de produits équitables, expos, projections, débats, conférences, animations scolaires … La Semaine de la solidarité internationale est un véritable bouillon d’initiatives. Ces animations organisées dans des dynamiques transversales et collectives mettent le quartier de Lupino-Montesoro à l’heure de la solidarité internationale.
Vendredi 21 novembre : Ateliers avec les scolaires
Matin et après midi les enfants s’ouvent au monde 0 travers les ateliers de forestiers sans frontières, l’association pour le commerce équitable IDEES, les petits débrouillards et le comité catholique contre la faim. Conférence de presse à 10h30 pour présenter les objectifs de la semaine.
Samedi 22 novembre 2008 : Grande fête de la solidarité internationale
9 h- ouvertures des stands et expositions : Stands slow Food /ATTAC Bastia/RESF/le secours populaire/femmes solidaires/forestiers sans frontières/A Fratellenza/ Corsica AMAP /RESF/les petits débrouillards/comité catholique contre la faim…
9h00- Conférence –débat sur le commerce équitable avec IDEES
10h30- Présentation de la campagne de femmes solidaires sur la violence faites aux femmes.
11h- expérience avec une école au MALI (film et débat) avec Forestiers sans frontières pour lutter contre la déforestation.
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12h30- Apéritif gratuit équitable sans alcool et dégustation de produits équitables
13h00- projection du film « We Feed the World, (le marché de la faim) le documentariste Erwin Wagenhofer propose aux spectateurs en 96 mm un regard sur l'agriculture mondiale
14h00 débat avec la Présidente de CORSICAMAP, association pour le maintien de l’agriculture paysane Projection d’un film
16h 30 -Projection du film et débat «invitation à quitter la France » avec Réseau Education Sans Frontières-Corsica en présence d’éducateur et d'un avocat
18h- Contre la grande pauvreté, présentation des actions de A FRATELLENZA et du SECOURS POPULAIRE
20 h- fermeture
Expositions présentes :
Forestiers sans frontière
Exposition du comité catholique contre la faim et pour le développement sur la solidarité internationale avec projection de film pour les enfants
Expositions autour du stand: Corsica Amap /OXFAM france
La brochure « Agir en citoyen solidaire », produite en partenariat avec le magazine Alternatives économiques, est rééditée cette année. Destinée aux publics intéressés pour approfondir leurs connaissances sur la solidarité internationale, elle sera disponible gratuitement.
Actions hors des temps fort pendant la semaine :
- ATTAC Bastia propose une conférence-débat au lycée technique sur la problématique de la Dette des pays émergeants et présente l’action d’Oxfam le 20/11/2008.
- Exploitation en milieu scolaire du DVD de RESF ‘Comment écrire sans papier »
- Un débat sur le commerce équitable est proposé à la radio RCFM
Contacts intervention lycées : OLLANDINI Philippe 04.95.32.84.35./04.95.34.10.92.
Contact ateliers scolaires : Dominique MAUNY 06.78.19.66.90.
Contact presse : Odile BRANCA et Lucrèce MAC DANIEL 06.24.85.10.57.
Associations coordonatrices : ATTAC BASTIA et Comité Catholique contre la faim et pour le développement, IDEES pour les ateliers scolaires.
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| Front de refus du PADDUC |
| Un front de refus ce fait jour contre le plan de développement (PADDUC) élaboré dans l’opacité par l’exécutif de la collectivité territoriale. | Le modèle de développement proposé est dépassé et archaïque et livre la Corse aux appétits financiers. La majorité de la population est maintenue dans le sous développement. Le patrimoine environnemental est en danger par la remise en cause des lois et textes protecteurs et les générations futures n’auront qu’un héritage dégradé. La Gauche Alternative appelle l’ensemble des citoyens à se mobiliser pour le retrait du projet mais dans un même temps elle demande un grand débat public sur l’avenir économique, social et culturel de la Corse pour que se dégage les lignes fortes capables de donner aux corses les moyens de se réapproprier leur avenir.
Corte le 12/09/2008
lien avec le site de U levante pour signer l'appel
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| CORSE 2030 |
| Rencontre de Pigna
juillet 2008 | 
Cette rencontre avait pour objet la validation et l’amélioration par les participants du texte de nature programmatique « Corse 2030 ». Eléments de réflexions, plate-forme ou plutôt véritable réappropriation économique, démocratique, sociale et écologique dont nous avons tous besoin ?
Dominique TADDEI trace une analyse de la mondialisation en crise : crise financière, crise alimentaire, crise sociale. Sommes-nous à la veille d’une grande rupture ? Malgré la remontée du militantisme, il existe réellement un problème de blocage politique des appareils politiques. L’appel lancé par POLITIS ressemble plutôt à un appel de cartels d’appareils. En même temps en Corse tous nous constatons la montée de la société civile (droits de l’homme, collectifs de défense, écologistes...) qui se heurte tant aux archaïsmes de gauche que de droite et ne trouve pas le moyen de s’exprimer politiquement.
Toni CASALONGA explique comment en Catalogne se sont retrouvés des citoyens d’horizons très divers dans « convergences democratica « pour trace ensemble des perspectives politiques.
Sampiero SANGUINETTI explique que son approche des raisons de l’apathie économique n’est pas partagée par tous (cf « Corse le syndrome de Pénélope » Albiana). Les cercles de réflexions permettent de mobiliser sur les grands thèmes, telle la question du clientélisme favorisé par la structure institutionnelle française et qui devient la voie incontournable pour celui qui veut être élu. Derrière de clientélisme se cache le clanisme. Autre grand thème la méditerranée. Aujourd’hui alibi pour justifier les quotas d’immigration et les seuls intérêts de l’Europe. Quelle place pour une coopération entre ses rives ? La question du développement et du tourisme sont des thèmes essentiels. Comment envisager l’activité touristique sans être capable le satisfaire les besoins de la population touristique (dont l’approvisionnement alimentaire par des produits de terroir) et donc comment sauver le foncier pour sauver l’agriculture ?
Hélène SANCHEZ regrette l’absence de Françoise TOMEI et de Dominique MAUNY qui auraient pu développer leurs idées sur les questions de migrations et de métissage.
Fanfan GRIFFI exprime la formidable attente qu’il existe dans notre société : attente de rupture avec les pratiques clanistes, attente pour « faire autrement ».Ce temps de la rupture est venu. Notre socle c’est la Corse, il existe une véritable passion pour notre ile. Il n’y a qu’a voir le succès rencontré par les activités proposées de connaissance du patrimoine et de la culture corse (des tortues aux arts du feu en passant par le chant ). Oui il y a nécessité de s’ouvrir aux autres. Il n’y a pas d’avenir sans métissage, c’est une voie qui peut remettre en route notre société et l’éloigner de ses vieux démons.
Pour Jean Louis MORETTI l’individu seul peut beaucoup, souvent l’on pense à tord que seul le collectif prime. L’absence de programme s’explique : est-il utile d’avoir un programme avec un fonctionnement claniste ? Ce ne sont pas les documents, les études ou les financements qui manquent c’est avant tout l’imagination c'est-à-dire les idées. Il existe un malentendu avec le tourisme : en 1993 le plan de développement appréciait le tourisme comme « un mal nécessaire ». En 2008 avec le PADDUC il devient « une formidable opportunité ». On oublie que contrairement a d’autres contrées, 95 % de l’appareil touristique est de maitrise locale ! La dérive en Corse comme dans le monde c’est l’immobilier avec tous ses défauts et cela met l’opprobre sur cette activité économique qu’est le tourisme.
Nous constatons une accélération de l’aliénation du foncier. Des terres agricoles sont vendues par des agences immobilières ce qui est nouveau .La CTC pose par la voie de ROCCA SERRA la question de la dé-sanctuarisation de la CORSE. Il ne peux y avoir d’économie durable sans aliénation du foncier par la collectivité (droit de préemption ou rachat par organisme public). Des outils régionaux existent ou ont existés. Comment créer une synergie entre agriculture et tourisme ? C’est l’hôtellerie qu’il faut développer pas l’immobilier.
Hélène SANCHEZ indique qu’il existe des propositions d’aliénations publiques (cf grenelle environnement à Corte : propositions des associations).Elle pose la question du tourisme équitable NORD-NORD (pas seulement nord-sud) avec une filière labellisée qui ferait la différence dans la destination.
Dominique TADDEI se prononce pour un élargissement Européen constitutionnel progressif des peuples de la méditerranée et contre la notion de souveraineté. Il préconise pour amorcer le dépérissement du clanisme la fin du cumul des mandats et des fonctions dans le temps dans l’espace et l’exigence d’une véritable parité (cf texte « la démocratie une idée neuve » ou « en finir avec le clientélisme » sur contra focu).
Concernant l’approche économique, il indique que se qui compte aujourd’hui est une économie « présentielle » c'est-à-dire l’attractivité d’un territoire (trouver un emploi de qualité ou des moyens de vie honorables). Le critère principal est le revenu pas la production. La Corse bénéficie d’une attractivité de type identitaire(+de 4500 habitants de plus par an depuis dix ans). La Corse est au 12é rang pour les revenus alors qu’elle était au 22 é il y 10 ans).
La discussion s’engage sur la production identitaire telle celle du vin corse symbole de réussite économique et qui résiste aux crises actuelles du vin. Le circuit court en économie doit être valorisé car moins polluant (absence de transports, pourvoyeur d’emplois…).
Elisabeth souligne l’importance de l’éducation dans notre région, trop de jeunes partent de l’école sans diplômes attiré par des emplois saisonniers qui fera d’eux des travailleurs précaires. L’éducation est un véritable investissement pour l’avenir.
Pour Sampiero SANGUINETTI le défaitisme est trop présent. Le bilan des 50 ans passées relève des éléments prés positifs tels le statut, l’université, l’audiovisuel ; les musées…Concernant l’agriculture, la CTC n’a pas de véritable politique agricole. Elle ne veut pas des agriculteurs car leur profession gène la spéculation foncière.
Fanfan GRIFFI se prononce pour un maillage Public-Privé dans les investissements productifs. On doit aider les entreprises qui investissent dans des projets orignaux et créatifs à long terme car elles manquent alors de fonds propres. Notre exigence doit être la qualité.
Dominique TADDEI s’interroge sur les moyens à mettre en œuvre pour faire pression sur la grande distribution. L’idée de consommer « corse » doit progresser. Le produit « corse » lorsqu’il existe est consommé. Des exemples de produits de grandes qualités trouvent acquéreurs malgré un prix élevé sont cités : fromages, vins…
La question des ressources pour la corse est alors soulevée par Hélène SANCHEZ. Quelles ressources pour quel développement ? La taxe sur les transports est elle un impôt archaïque ou moderne ? Les éco taxes développées par certaines iles (Sardaigne, Baléares) sont elles des exemples ? Il est à souligner que la taxe sur les transports aurait été un impôt affecté qui a perdu sont affectation !!! et que cette taxe fixe est la même pour un Bastia-paris que pour un Bonifacio-Santa Teresa. Que dire de la TIPP (produits pétroliers) affectée au budget régional qui augmente au même rythme que les prix du baril ? Parmi les taxes a réformer les taxes aéroportuaire qui représentent 1/3 du billet et qui ne sert qu’a financer des emplois qui ne paraissent pas avoir beaucoup d’utilité.
Quelles réponses aux urgences de la précarité, de la demande en logements sociaux, quelle répartition de la richesse pour un saut quantitatif ?
Sampiero pose la problématique de l’eau, véritable pétrole en Turquie qui la vend à toute la méditerranée alors qui en Corse elle peu valorisée. Il n’existe pas une politique cohérente de l’eau malgré la présence de l’Office hydraulique (a noter les travaux de l’université de l’eau à Corte).
Philipe OLLANDINI exprime le nécessaire questionnement dans un programme sur les questions de la ruralité, la solidarité du territoire pour résoudre durablement la désertification.
Sur la question des territoriales on sait qu’il n’y aura pas de modification de mode de scrutin. Certains pensent déjà au 3eme tour, ce qui est un déni de démocratie. Comment interpeller sur les questions de fonds, proposer une réflexion au débat, transformer les combats en débats ?
Fanfan GRIFFI pose la question du courage de « dire les choses, aborder les sujets qui fâchent, rompre avec une société de plus en plus névrosée ».Il existe un véritable besoin d’expression politique. Contra Focu en est l’exemple. Remplacer le slogan par le débat, avoir une démarche non partidaire, exprimer sa liberté...tout un programme.
Il a été décidé de diffuser le texte « corse 2030 » amélioré par notre débat dès septembre 2008, il sera soumis à des associations, groupes de réflexions et adressé aux principales forces de gauche et progressistes. Des textes seront mis en annexes pour completer).
Peut être faudra t-il faire preuve d’imagination pour formuler les idées ; les synthétiser, donner un nom à cette démarche, agrandir le cercle de la rencontre...La volonté politique peut changer la donne, un processus de réappropriation économique qui mêlerait création et métissage est possible
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